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Merci à Alice et à Julia, qui me réclame cet article depuis plusieurs mois. J’espère qu’il sera à la hauteur de tes espérances. Un petit clin d’oeil également à Laurianne, Ludivine, Romane, Serengül et Coralie…
On fait tous des erreurs dans la vie. Commencer un article de cette manière n’est pas le meilleur moyen de captiver un lecteur, j’en ai conscience, mais comment parler de mon choix d’orientation autrement ? …
(Ceci est le passage de l’article à visée biographique que je prends autant de plaisir à écrire que vous en aurez à le lire, c’est à dire très peu, mais il est tout de même nécessaire pour comprendre comment j’ai pu me retrouver dans cette galère.)
J’ai sélectionné une première année de licence de droit sur le portail d’Admission Post-Bac après avoir choisi de passer un bac L. Ce dernier choix d’orientation a toujours été une évidence pour moi, et pas un choix de dépit comme tant de terminales littéraires qui ont un mauvais niveau en mathématiques et choisissent cette filière en pensant échapper à toute forme de difficulté. Continuer sur la voie d’une licence de lettres modernes ou de littérature étrangère était tout aussi évident pour moi mais mes chers parents en ont décidé autrement : hors de question pour eux que je termine prof ou sous-fifre dans l’administration avec mon niveau scolaire. Ils ont depuis que je suis née de tout autres projets de carrière pour moi : que j’atteigne le sommet de l’échelle sociale. Ce qu’ils n’avaient pas prévu, c’est que je ne serais pas tout-à-fait d’accord avec leurs plans. Reste que j’étais mineure au moment de choisir mon orientation et qu’ils ne m’ont pas vraiment laissé le choix… La désillusion a été à la hauteur de mon erreur : fulgurante… J’ai toutefois choisi de terminer mon année commencée pour me réorienter en fac de lettres l’année suivante, au grand dam de ma famille…
(Fin du passage ennuyeux.)
En dépit de tout cela, je ne peux pas parler de mon année de droit comme d’une année perdue, où tout n’a été que négativité. Ce serait hypocrite et réducteur : le droit est omniprésent dans nos vies sans que nous ne nous en rendions compte et l’étudier apporte immanquablement un plus pour comprendre ce qu’implique notre rôle de citoyen ou de citoyenne. Et je trouvais qu’il serait intéressant, maintenant que l’année est terminée (oui, en fac, on termine notre année en avril…), de tirer un bilan de ce qu’est vraiment une immersion en première année de droit, sans forcément axer cela sur mon expérience ou mes considérations personnelles, que l’on présente comme une épreuve quasi-insurmontable.
Autant ne pas vous mentir : si vous comptez vous orienter en droit après le fac ou vous réorienter en droit après avoir commencé autre chose, vous allez en baver. Beaucoup. Et dire adieu à une partie de votre vie sociale jusqu’à l’été. Mais si vous êtes vraiment motivés, le jeu en vaut la chandelle, car lorsqu’on s’y intéresse un minimum, le droit est une matière réellement passionnante… et que vous deviendrez riches.
I. La fac de droit : avant tout une fac comme les autres…
a) Une méthode de travail complètement différente de celle du lycée
Autant prévenir tout de suite les lycéens qui comptent s’orienter en fac de droit, ou dans une toute autre fac (car la méthode générale reste grosso modo la même pour tout le monde), que vos profs avaient raison lorsqu’ils nous disaient que le bac, c’était un micro-aperçu de ce qui vous attendait en fac. Oui, je sais, c’est humiliant de donner raison aux profs par nature, mais pour le coup, ils sont dans le vrai. En clair : n’espérez pas travailler en fac de droit comme vous travailliez au lycée. Non seulement vous devrez travailler au moins quatre fois plus (mais ça, c’est le prix des études supérieures, c’est un fait et vous n’y échapperez pas) mais en plus de ça vous devrez revoir toute votre méthode.
En fac, les cours sont divisés en deux : les cours magistraux et les TD (travaux dirigés).
Les cours magistraux sont donnés par des maîtres de conférence spécialisés dans la matière qu’ils enseignent. Ils ont un doctorat en la matière, c’est-à-dire qu’ils ont fait au moins bac +8 (et non, ils ne sont pas nécessairement d’immenses masochistes !). Ils écrivent des bouquins et des thèses en parallèle. Ils sont aussi très très bien payés. Ils s’installent face à l’assemblée composée d’étudiants (entre 150 et 1500-2000 pour les plus grandes universités) de telle ou telle filière, de telle ou telle année, et débitent un cours dans un micro que les étudiants prennent en note. Ces derniers devront recracher (recrachage plus ou moins littéral selon la filière choisie) leurs notes aux partiels et voilà. Les cours magistraux représentent environ 75% des cours en fac et peuvent se prendre à l’ordinateur ou à l’écrit, selon les affinités de chacun (pour ma part, c’était un peu des deux, avec une dominante « à la main »).
Les 25% restants sont monopolisés par les travaux dirigés, autrement appelés TD. Les filières en fonction des années sont divisés en groupe de 30 à 35 étudiants. Il existe deux types de TD : les TD qui se réfèrent aux matières principales étudiées. Dans ces TD-ci, vous approfondirez les notions des cours magistraux à gros coefficient avec des chargés de TD, c’est-à-dire des étudiants en master ou en doctorat qui préparent leur mémoire ou leur thèse et qui se griment en prof de droit le temps d’une heure et demie pour vous. La deuxième catégorie de TD concerne ce que l’on appelle dans ma fac les « unités transversales », autrement dit les « matières poubelles » : celles dont on ne sait où les mettre mais qui nécessitent un encadrement particulier. Cela concerne la plupart du temps l’anglais (sauf en fac d’anglais évidemment), l’informatique (où vous apprendrez à ouvrir Word et saisir une formule dans Excel, agrandir et rétrécir une image et même à rechercher votre nom sur Google… waouh.), la culture générale et les recherches documentaires communes à toutes les facs. Les TD sont synonymes d’encadrement et d’approfondissement.
Il se trouve que les TD qui se rapportent aux cours magistraux fondamentaux doivent être préparés à la maison chaque semaine et qu’ils représentent 6h à 8h de travail pour une seule matière. Parfaitement. Plus les cours magistraux à relire chaque soir si vous voulez vraiment votre diplôme et que vous êtes des élèves sérieux. Sur le papier, ça ne parle pas beaucoup, mais croyez-moi, quand ça devient notre quotidien… on le sent comme qui dirait passer…
Face à ce travail colossal, il est donc indispensable de développer une méthode qui mêle à la fois rapidité (si vous voulez garder un petit dixième de votre vie sociale, c’est mieux…) et efficacité. Spécifiquement au droit, c’est une matière qui demande rigueur et précision. On ne peut pas passer une question pour rebondir sur une autre : tout est lié dans un raisonnement juridique. La méthode est encore une fois propre à la filière étudiée et surtout à chaque étudiant, selon son type de mémoire, ses capacités de mémorisation, sa vitesse d’écriture et de raisonnement, etc. Toutefois, une ligne conductrice subsiste : le travail et l’autonomie. On ne peut pas réussir en fac sans autonomie. Mais quoi qu’il en soit, tout change par rapport au lycée, et c’est après avoir essuyé quelques échecs que l’on se met sur les bons rails…
b) Un petit temps d’adaptation, sans aucune aide extérieure
En plus de cette autonomie, les étudiants à l’université sont très déstabilisés par le temps d’adaptation aux nouvelles méthodes de travail. Cela ne se fait pas du jour au lendemain et les chargés de TD peuvent vous y aider du mieux qu’ils peuvent (pour peu que l’on tombe bien). Néanmoins, cela est en perpétuelle évolution toute l’année : vous changez totalement de matières, de maîtres de conférences et de chargés de TD en milieu d’année et perdez tous vos repères alors que vous commenciez à vous faire à ce que l’on vous enseignait et aux spécificités de chaque matière. De plus, contrairement à ce que l’on pourrait croire, la difficulté ne diminue pas au fil du temps, elle est croissante. Du 1er au 2ème semestre de la première année universitaire, il y a un pont immense. Les « profs » décrètent que vous avez fini votre « période d’essai » et que l’on peut commencer à passer aux « choses sérieuses »… Alors que vous pensiez que vous étiez au maximum de vos capacités. Je me rappelle que nous avions frémi durant le tout premier TD de droit constitutionnel de l’année en voyant une page d’agenda complète de devoirs et de questions de dissertation pour la semaine suivante. A la fin de l’année, devoir produire 2 dissertations complètes plus des recherches documentaires ne nous choquait même plus…
c) Quand liberté rime avec danger…
Si vous êtes là de manière transitoire, comme je l’ai été, vous pouvez choisir d’adopter deux attitudes :
– vous accrocher un minimum en vous disant que dans certains pays, les jeunes n’ont pas la chance de pouvoir étudier, donc avoir payé les droits d’entrée à l’université sans y aller est une honte à la moralité humaine, et aussi que cela ne peut être que bénéfique pour votre culture générale, comme je l’ai fait,
– ou décider dès la première quinzaine face à l’ennui qui vous transcende que cette année sera une année sabbatique. Parfois, on le décide consciemment et soudainement. Mais parfois, c’est le manque de travail qui vous y pousse sans que vous vous en rendiez compte.
C’est là tout le danger de l’autonomie qu’offre la fac : l’appel n’est fait qu’en TD (oui, les TD sont des cours obligatoires. En cas de manquement à la condition d’assiduité, si vous bénéficiez d’une bourse d’étude, on vous la retirera sans même réfléchir…) . Vous êtes libres de venir ou non aux cours magistraux, personne ne se rendra compte de votre absence ni de vous la reprochera. Vous avez les cours pour le partiel, tant mieux, vous ne les avez pas, tant pis. Il n’y a personne pour vous materner. Pire encore, personne ne vous impose de relire régulièrement vos cours. Il n’y a pas de contrôle de connaissances (sauf rares cas et matières fondamentales en TD). Dans ces conditions, il est facile de céder aux chant des sirènes de la fainéantise…
Mais cela, ce sont des notions communes à toutes les universités. La fac de droit présente, comme toutes les autres, ses petites particularités…
II. Les spécificités de la fac de droit
a) Le droit en lui-même : une matière passionnante lorsqu’on s’y intéresse, qui devient vite rébarbative lorsque ce n’est pas le cas
Parlons peu, parlons droit. Qu’est-ce que le droit ? On pourrait résumer ça en l’ensemble des règles qui régissent notre système juridique ainsi que son application. Voilà voilà… mais toutes ces règles, il faut bien les apprendre, pour devenir un bon juriste. Et c’est là que le droit trouve ses nombreux détracteurs : quel ennui d’apprendre des règles tels des perroquets. En première année, on a le droit au merveilleux monde du code civil. Plus de 3000 pages d’articles qui se rapportent au droit privé écrits en tout petit et en termes tout aussi pompeux les uns que les autres. Et comme si notre « bonheur » n’était pas suffisamment complet, en parallèle, on étudie la constitution de la Vème République en droit public. De fond en comble. Le fonctionnement de nos merveilleuses institutions passé au crible… Et d’autres matières si spéciales. Badum tss !
Sur le papier, cela peut paraître rébarbatif. Ça l’est pour certains, et c’est passionnant pour d’autres. Il n’y a pas de secret pour distinguer ces deux « groupes » : la passion du droit vient ou elle ne vient pas. Même si elle peut mettre du temps à se manifester, on le sent généralement assez vite, et heureusement, car il se trouve que sans elle, il est quasiment impossible de réussir son droit. C’est d’ailleurs l’un des seuls points sur lesquels s’accordent les juristes et les apprentis juristes : le droit est une filière de passionnés.
b) La distinction importante entre droit privé et droit public, ou la gueguerre entre les privatistes et les publicistes
Et ça tombe bien, parce qu’à côté de ça, ils ne s’accordent pas sur grand chose… et notamment sur la supériorité d’un droit sur un autre, en l’occurrence entre le droit privé et le droit public, les deux grandes branches du droit. Le droit privé se concentre sur le droit civil et le droit pénal, c’est-à-dire les relations juridiques de particulier à particulier. Le droit public se réfère aux rapports entre les particuliers et l’Etat. Autrement dit, durant la première année de droit, cela se traduit par l’étude du droit civil (général et beaucoup de droit des personnes et de la famille) en droit privé et par du droit constitutionnel et politique en droit public. Les étudiants en droit mettent plus ou moins de temps à choisir leur « dominante », choix qui se fait sur deux critères : les affinités et les poursuites d’études souhaitées. Il se trouve que la plupart des étudiants en droit visent une profession libérale telle qu’avocat ou les concours de la magistrature. Logiquement, ils s’orientent en droit privé en majorité. Ceux qui souhaitent travailler dans la fonction publique ou accéder aux fonctions politiques auront davantage tendance à préférer le droit public. Pour ma part, si j’avais continué le droit, je pense que je me serais dirigée vers le droit public de par mon intérêt pour la politique au sens large. Et aussi car la profession d’avocat devient contingentée.
c) « Le droit, c’est du par cœur de toute façon » : une conception des études juridiques très très discutable…
Il y a une idée reçue que l’on entend souvent avant de devenir étudiant en droit, qui est « Le droit, c’est du par cœur. Va en droit, tu as une bonne mémoire ! ». Je suis d’accord avec le fait que le droit est une grande partie de mémorisation. Mais dire que le droit ce n’est QUE du par cœur est une grossière erreur. Connaître le code civil par cœur (ce que l’on ne vous demande absolument pas dans vos études d’ailleurs, encore une idée reçue), c’est bien, mais si l’on ne sait pas s’en servir pour mener un raisonnement juridique, ça ne sert strictement rien. Sans raisonnement juridique, que l’on ait tous les textes de loi en tête ou pas, on fera un mauvais juriste. Un juriste minable même. Donc du par cœur, oui, mais pas que… le droit, c’est surtout beaucoup de logique dans l’argumentation (et quand vous n’avez aucune logique comme c’est mon cas, cela donne des copies assez drôles…), et de la rigueur dans le raisonnement. Mais tout cela s’apprend une fois que l’on est étudiant en droit, pas avant. D’ailleurs, la licence de droit nécessite une certaine polyvalence : on n’y apprend donc pas que du droit… C’est souvent une école de vie.
III. Mais le droit, ce n’est pas QUE du droit…
a) … c’est aussi des matières d’ouverture, généralement encore plus horribles que les matières juridiques
En première année de droit, vous avez pas mal de matières, toutes très nouvelles, quelle que soit la filière d’origine. On pourrait diviser les matières en trois catégories :
– les matières principales, au nombre de deux. Dans ma fac, au premier semestre, il s’agissait de l’introduction générale au droit (souvent appelée introduction au droit civil dans les autres facs) et du droit constitutionnel, et au deuxième semestre, du droit constitutionnel (toujours) et du droit des personnes et de la famille. Elles s’accompagnent de TD et de contrôle continu, et bénéficient d’un coefficient élevé.
– les matières d’approfondissement (type institutions juridictionnelles ou histoire antique et médiévale du droit),
– les unités transversales (voire le passage sur les « matières poubelles »).
– enfin, les matières d’ouverture : économie, sociologie, science politique, gestion, etc.
Autant le dire, c’est relativement folklorique… Surtout l’économie quand on est fâché avec les chiffres. Surtout la science politique quand le prof HURLE littéralement dans le micro. Surtout la gestion quand la gentille secrétaire qui constitue les emplois du temps vous met quatre heures de gestion d’affilée, en plein hiver, à 8h… le samedi. Mais ça, c’est parce qu’ils sont tous un peu bizarres dans ma fac…
Bref, tout ça pour dire que l’on n’étudie pas que le droit en fac de droit… et tant mieux pour nos pauvres cerveaux qui pensent, mangent, dorment droit.
b) … c’est aussi une ambiance, ma foi assez déplorable, menée par une moitié de touristes et l’autre d’arrivistes, et beaucoup, beaucoup d’ennui
Si vous comptiez aller en droit pour l’ambiance, c’est déjà idiot à la base, mais en plus de ça, vous risquez fort de vous prendre une douche glacée, voire carrément un iceberg en pleine tronche… Globalement (il ne faut pas tomber dans le cliché, tous ne sont pas comme ça), les étudiants en droit ne sont non seulement pas les pires joyeux lurons que l’on peut trouver, mais ils sont fainéants, arrogants, arrivistes ou de véritables branleurs. En tout cas, ça se passe comme ça dans ma fac en licence. En master, ils deviennent heureusement bien plus sérieux. Car oui, beaucoup d’étudiants de première année ne sont clairement là QUE parce qu’il fallait sélectionner une formation non-sélective sur Admission Post-Bac. Ils ont, pour autant, la bêtise de croire qu’ils y arriveront sans rien faire. Pour les plus passionnés, ils adoooorent affirmer la supériorité du droit sur les autres filières.
Je n’ai jamais vu pendant ma première année de droit autant de filles qui faisaient le concours de celle qui sera la plus maquillée comme une voiture volée, et surtout autant de personnes qui souffrent d’un tel manque de culture générale. Pour des étudiants en droit, c’est quand même une hérésie… A cela, j’ajouterai leur grande impolitesse et leur immaturité (un jour, un groupe de filles derrière mes amies et moi dans l’amphi ont passé les deux heures d’un cours donné par une maîtresse de conférences à se moquer de sa petite taille, de ses vêtements et de son surpoids… je crois que je n’aurais pas tenu une heure de plus sans me retourner pour les insulter, et je n’avais vu ça nulle part ailleurs chez des adultes…). Malheureusement, ce sont souvent des personnes comme celles-là qui se sont retrouvées derrière nous.
Il se trouve que la fac de droit où j’étudiais est située juste à côté de la fac de sciences. Même lorsque les deux universités se mélangent pour aller par exemple à la BU (bibliothèque universitaire) ou encore au RU (restaurant universitaire), on a l’impression de pouvoir séparer très facilement les deux filières : les étudiants en sciences sont très hétéroclites tandis que les étudiants en droit sont pour la plupart très conformisés. C’est l’une des premières choses qui m’a marquée quand je suis arrivée. Si vous êtes un minimum excentrique, n’espérez pas vous intégrer facilement. Après, les choses sont peut-être différentes dans d’autres facs, mais j’ai pu discuter de mon point de vue avec d’autres étudiants en droit venus d’autres universités, et globalement, la norme reste la même… Je n’imagine même pas la situation si le droit était un concours comme la médecine…
Il y a toutefois quelque chose qu’on ne peut pas enlever aux étudiants en droit qui sont intéressés par leur filière et souhaitent vraiment réussir : ils sont d’une motivation inébranlable et ne lâchent jamais rien. Une telle solidité mentale (parce que le droit en demande…), je n’ai encore vu ça nulle part ailleurs. D’ailleurs, on distingue assez facilement les deux camps encore une fois…
c) … c’est aussi des profs prêts à tout pour vous casser… paradoxalement pour vous aider à donner le meilleur de vous-même. Ils n’en restent pas moins pour certains imbus de leur personne et n’oublient jamais de vous rappeler votre position de « 1ère année » inculte et inexpérimenté…
Si vous épousez le doux dessein de devenir étudiant en droit, ne vous attendez pas à beaucoup d’indulgence et de réconfort de la part de vos maîtres de conférence. Ils chercheront plutôt à vous pousser à bout afin que vous repoussiez vos propres limites. Certains s’avèrent être absolument odieux dans ce domaine… d’autres se donnent un genre tel qu’ils le paraissent mais ne le sont pas vraiment. Quoi qu’il en soit, la chute risque d’être vertigineuse si on ne s’attend pas à cette dureté, tant dans l’enseignement que dans les notes. Il y a deux explications à ce comportement : d’abord, ils restent toujours désabusés devant l’impolitesse, la fainéantise et le manque de culture générale ET de motivation des 1ère année, si bien qu’ils se sont mis à progressivement les détester. Bizarrement, je les comprends… Ensuite car ils sont aussi passés par là et que leurs profs ont eux-mêmes agi comme cela avec eux pour les pousser dans leurs retranchements… le fait qu’ils soient devant vous montrent qu’ils ont réussi, grâce à cela… Ils testent également votre résistance face à un rythme qui doublera d’intensité en deuxième année. Une de nos maîtresses de conférence (la plus dure, redoutée de tous… mais qui selon moi se cache derrière ses airs de méchanceté) parlait de « sélection naturelle » : on pousse tout le monde à bout pour savoir ceux qui vont décrocher et ceux qui auraient les nerfs assez solides pour arriver jusqu’au bout…
Derrière ces pratiques peu agréables, il y a également des profs géniaux, dans ma fac en tout cas. Des profs qui ne se prennent pas au sérieux par exemple, comme paradoxalement la doyenne de l’université, qui est en est devenue la directrice après avoir redoublé sa première année de droit car elle s’était davantage passionnée pour les beuveries durant cette période que pour le Code Civil… comme quoi ! Nous avions aussi un prof complètement déjanté, moqueur, lunaire et capable de partir en plein milieu d’une explication sur un des moments de sa vie « épiques » sans raison apparente. Cela ressemblait un peu à : « Alors, étudions les fonctions du Préfet de Département maintenant. Ah tiens, je ne vous avais pas raconté la fois où j’avais rencontré un nain sur la Canebière ! Alors, c’est parti. » Nous l’appréciions tellement (alors que sa matière était vraiment rébarbative pour tout le monde !) que nous nous sommes levés à la fin de son dernier cours pour l’applaudir, ce que nous n’avons fait pour aucun autre prof.
Enfin, les étudiants (enfin… surtout les étudiantes) en droit de ma fac se souviendront toujours du charisme d’un certain maître de conférence qui enseignait notre matière principale. Cet homme a un charme absolument indescriptible qui en laisse plus d’une interloquée (et rêveuse, n’est-ce pas mon Goofy ?). A chaque fois qu’il prend la parole, on ne peut qu’être captivé par ce qu’il dit car on sent que son métier le passionne vraiment. C’est aussi ce genre de prof qui donne envie de s’accrocher quand on a envie de tout lâcher…
d) … c’est aussi une matière inadaptée aux véritables littéraires, contrairement à ce que l’on peut dire
Lorsque j’étais en filière littéraire au lycée, et que je faisais part de mon intention (et non pas de mon envie…) de m’orienter vers une fac de droit, les conseillers d’orientation aimaient me dire que le droit est une filière très bien adaptée aux littéraires car il faut aimer écrire. On estime d’ailleurs que le pourcentage de bacheliers littéraires en première année de droit est de 20%, derrière les S (scientifique) et les ES (économique et social). Car le droit est une filière majoritairement adaptée aux filières générales, c’est vrai. Beaucoup de STMG (Sciences et Techniques du Management et de la Gestion) s’y risquent également, mais ce sont généralement eux qui dégringolent le plus vite…
Pour en revenir au caractère « littéraire » de la filière droit, certes, il faut aimer écrire, car on en noircit des pages de dissertation… Cela demande une grande capacité rédactionnelle. Ça ferait presque peur tout ce qu’il faut écrire en droit. Si vous aimez écrire sur un modèle préfabriqué, morne et monotone, effectivement, vous avez frappé à la bonne porte. Seulement, si vous êtes comme moi (et comme tous les véritables littéraires je pense), et que vous aimez écrire de manière assez libre et la plus artistique possible, insérer dans votre propos des éléments de culture générale, que vous prenez du plaisir à faire glisser votre plume selon votre méthode… hum, fuyez, pendant qu’il en est encore temps, pauvres fous ! En fac de droit, l’écriture se transforme en une corvée démotivante pour les littéraires. Je n’ai jamais autant bâclé une dissertation que pendant les épreuves de droit constitutionnel, alors qu’écrire est ce que je préfère au monde.
De plus, le droit demande une rigueur et une précision millimétriques, qui ne sont pas sans rappeler la méthode des scientifiques… contraire à celle des littéraires qui ont plus tendance à « broder » et à disserter (ce qui leur vaut leur réputation d’infinies feignasses, il est vrai…) En clair, en droit, ce qui compte le plus n’est pas ce que vous dites ni la manière dont vous le dites mais la logique juridique de votre argumentation. Et lorsque vous aimez donner votre avis et votre vision du monde, vous allez vite comprendre que cela peut vous être fatal. C’est pour cela que je pense désormais que le droit n’est pas fait pour les littéraires, ni pour tous les autres aspirants juristes qui aiment à teindre leur travail d’un certain sens artistique et d’originalité.
IV. Mais si on sait prendre les choses avec philosophie, la fac de droit peut être extrêmement enrichissante. Ce ne sera JAMAIS une année de perdue si l’on se réoriente !
a) La méthode du travail universitaire est déjà acquise coûte que coûte et après une année de droit, il y a de grandes chances qu’une autre poursuite d’études vous paraisse beaucoup plus simple
Pour autant, la fac de droit a également ses bons côtés, même si on ne termine pas sa licence… Une première année de licence de droit permet d’acquérir une méthode de travail efficace et utile en cas d’avalanche de travail qui s’abattrait sur vous dans votre future nouvelle filière… Il s’avère qu’après avoir survécu à la fac de droit, on peut survivre à pas mal de choses ensuite… Il y a donc de grandes chances pour qu’une autre poursuite d’études vous paraisse être une tarte à la crème à côté du droit, et que vous y réussissiez plus facilement (à moins que vous vous réorientiez en médecine, mais pour passer de droit à médecine, il faut réellement aimer se faire du mal, ce n’est pas possible autrement…).
b) La culture juridique offre une véritable ouverture sur le monde qui nous entoure et avoir été étudiant en droit donne des outils pour mieux comprendre l’actualité
Aussi, il y a quelque chose d’extraordinaire dans la fac de droit qui fait que, lorsqu’on aime suivre l’actualité, on comprend tout de suite mieux les éléments évoqués dans les médias. L’actualité devient ainsi rapidement limpide et l’on saisit mieux les choses, notamment en politique. La culture juridique est à elle seule très utile pour comprendre le monde qui nous entoure et pour agir sur notre quotidien. Qu’on le veuille ou non, le droit fait partie intégrante de notre vie. Il régit nos rapports et notre matière de vivre. En connaître une partie permet d’éviter de nombreux ennuis, et connaître ses droits est TOUJOURS utile, non seulement pour éviter de se faire escroquer, mais aussi en vue d’une vengeance (ça, c’est limite moralement, mais certains n’hésiteront pas)… L’étude du droit ne sera à aucun moment inutile, même si vous avez l’impression de sombrer dans un ennui mortel…
c) Enfin, comme partout, on peut y faire de merveilleuses rencontres…
Perdues dans l’immensité des touristes et des arrivistes que j’ai cité tout à l’heure, il existe des personnes très sympathiques avec qui il est possible de lier une grande amitié. J’ai eu la chance, dès le premier jour de fac, de rencontrer une fille très sympathique. Elle était assise, toute seule, au centre de l’amphithéâtre bondé quand je suis rentrée. Je suis allée m’installer près d’elle et comme elle était un peu timide, j’ai engagé la conversation. Le lendemain, une étudiante avec qui j’avais vaguement discuté la veille est venue nous rejoindre et nous sommes restées ensemble toute l’année. Il se trouve que l’une d’elle s’est révélée sur le long terme être aussi dérangée que moi, et que notre amie, sous ses airs plus sérieux, cache la même folie. Partant de là, nous n’avons pu que nous lier d’amitié rapidement et tenir le rythme difficile de la première année de droit grâce à notre tendance au fou rire et à la déconne. Il faut dire que certains profs nous donnaient vraiment de quoi alimenter nos conversations … Ainsi, il n’était pas rare qu’on nous entende rire à l’autre bout de l’amphi pendant la pause entre deux conférences (ce qui était plutôt mal vu compte-tenu de l’ambiance très funèbre qui régnait le plus souvent…). Nous avons eu un nombre de délires assez incalculable, et mes cours sont constellés de nos bêtises dans la marge. Trouver des camarades comme j’ai eu la chance d’en rencontrer dès le départ m’a vraiment aidée à ne pas tout lâcher. Il faut dire que les deux étudiantes dont je parle sont, elles, très intéressées par le droit et comptent continuer dans cette branche. Elles ont donc contribué à me motiver un peu.
Aussi, dans mon groupe de TD, j’ai retrouvé deux camarades qui étaient en terminale L dans le même lycée que moi, l’une dans ma classe avec qui je m’entendais très bien à la base, l’autre dans l’autre classe de terminale L mais qui se trouvait être la meilleure amie d’une fille de ma classe avec qui je m’entendais bien aussi. En parallèle, nous avons rencontré une étudiante de 22 ans qui sortait d’une licence de comptabilité-gestion mais qui souhaitait reprendre des études de droit. Son style tranche avec celui des autres filles très conformées au modèle imposé par la société, et son franc-parler ne plaisait clairement pas à tout le monde. C’est peut-être le fait que nous n’appréciions vraiment pas la majorité du reste du groupe qui nous a poussées les unes vers les autres, et c’est finalement comme ça que nous ne nous sommes plus quittées non plus.
L’année prochaine, comme j’ai survécu à la première année de droit (*danse du juriste*) et que les filières linguistiques reprennent 3 semaines après les filières juridiques, économiques et politiques dans la ville où j’étudie, je compte aller aux cours en amphithéâtre des LD2 avec mes amies de fac pour les revoir, et même au-delà en fonction des disponibilités que m’offrent mon emploi du temps (les conférences en amphithéâtre sont accessibles à tous, même aux non-licenciés). La preuve que ça ne m’a pas tant traumatisée que ça, finalement…
Lana.