Dépeinte comme fainéante, inculte et plaintive, la jeunesse actuelle est-elle vraiment à la dérive ? …

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Il y a quelques semaines, des milliers d’élèves de terminales, toutes séries confondues, ont passé les épreuves du baccalauréat. Ils ont tenté d’obtenir le fameux sésame qui leur ouvrira les portes des études supérieures. Et le bac, c’est quand même une institution. Cela marque en quelque sorte le passage de la vie d’adolescent à celui de la vie d’adulte. Il est donc normal que ce diplôme soit sacralisé et que les prétendants au baccalauréat soient perturbés par le moindre élément qui pourrait entraver leur réussite à l’examen. Il se trouve qu’en série générale, cette année, les sujets de français, d’anglais et de littérature en série L ont fait parler d’eux : jugeant une question ou un sujet trop difficile, les candidats n’ont pas hésité à lancer des pétitions pour tout et pour rien et à insulter les auteurs des sujets, ou, en littérature, ce cher Flaubert (le sujet portait sur Madame Bovary). Cette tendance à la dénonciation et à reporter la faute sur les sujets en exaspère plus d’un, dont moi, qui ai passé les épreuves du baccalauréat littéraire l’année dernière sans avoir eu de réel professeur en philosophie tout au long de l’année alors que cette matière est pour les littéraires d’un coefficient 7. Et alors ? Nous nous sommes débrouillés avec ce que nous avions. Nous avons fait feu de tout bois et ne nous sommes pas mis à réclamer une majoration de points ou l’annulation de l’épreuve pour nous.

D’un autre côté, les parents et les grands-parents scandent à tue-tête que la jeunesse part à la dérive, que les jeunes d’aujourd’hui sont mal-élevés, nés avec une petite cuillère en argent dans la bouche, incultes, fainéants, irrespectueux vis-à-vis des institutions et de leurs aînés, etc. De tels événements contribuent largement à la diffusion de ce genre d’opinion, mais faut-il tomber dans la généralisation qui consiste à dire et penser que TOUS les jeunes sont des cas uniformes  ? Focus sur un conflit de générations qui ne date pas d’aujourd’hui.

Une jeunesse, il est vrai, marquée par un cruel manque de culture et d’ouverture

Il était environ dix-neuf heures lorsque nous nous rentrions d’une petite balade avec une amie. C’était au début du mois dernier. Pour rejoindre sa voiture, nous avons traversé un pont de promenade qui donne sur un monument célèbre de la ville. Ayant écoulé tous les sujets de conversation possibles durant la journée (nos études, nos problèmes amoureux, les situations respectives de nos amis, nos difficultés à trouver un job d’été) et ne supportant pas le silence en tant qu’éternelles bavardes, j’ai levé les yeux sur la construction et ai engagé la conversation sur ce sujet :

– C’est quand même chouette comme spectacle. Tu te rends compte de la grandeur des fondations ?  Ça me fascine toujours de voir ces pierres empilées à une hauteur immense et de me dire que ce sont des hommes qui ont bâti ce monument eux-mêmes à une époque où il n’y avait pas la machinerie et les appareils qu’on avait aujourd’hui…

– Oui, c’est impressionnant…

– C’est quel siècle déjà, Vauban ? 17ème il me semble…

– Euh… 17ème ? 16ème ? Non, oui, 17ème. 

Il me semblait bien… Et puis quand tu penses au nombre de citadelles qu’il a créées…

C’est à ce moment que la personne, une femme relativement âgée, qui marchait devant nous a commencé à ralentir pour s’arrêter à notre hauteur. Elle nous a interpellées :

– Excusez-moi mais j’écoutais votre conversation et je tenais à vous dire que ça me fait très plaisir d’entendre des jeunes filles de votre âge avoir de solides connaissances en histoire et s’intéresser à ce qu’il y a autour d’elles. 

Sur le coup, nous étions plutôt surprises (agréablement bien sûr) et l’une de nous (je ne me rappelle plus exactement laquelle) a répondu :

– Merci beaucoup, mais c’est normal… Il existe encore des gens curieux et cultivés, vous savez.

Par « gens », nous savions toutes les deux que nous entendions « jeunes ».  La catégorie d’âge la plus stigmatisée pour son manque de culture et de discernement…

Elle nous a ensuite posé de nombreuses questions sur nos cursus d’études respectifs, parlé un peu d’elle. Elle était anthropologue à la retraite. Tu m’étonnes qu’elle s’intéressait à beaucoup de choses…

Lorsque nous nous sommes quittées, nous en avons de nouveau parlé dans la voiture avec mon amie.

– C’est agréable que quelqu’un favorise la culture et l’intéressement des jeunes pour l’histoire et la société !

– Ça voulait quand même bien dire, d’une certaine manière, que la plupart des jeunes sont débiles. 

– Il faut bien reconnaître qu’aujourd’hui, les ados de 13-14 ans n’ont pas inventé la poudre à maquillage… On n’en a juste pas toujours conscience parce qu’on a grandi et qu’on fréquente des gens « comme nous » mais c’est une triste réalité.

– Ouais… mais on n’était quand même pas comme ça nous…

– C’est la génération qui veut ça je pense. Internet, les téléphones, la connexion instantanée. Ça a tout accéléré. Puis c’est aussi un problème d’éducation, de laxisme de la part des parents. 

En règle générale, on entend souvent parler d’une jeunesse abrutie. Mais abrutie par quoi ou par qui, personne n’est capable de l’expliquer. « Une bande de cons », diront les papys depuis leur fauteuil usé. A croire qu’ils ont oublié qu’ils ont été jeunes, eux aussi…

Il est vrai qu’avec l’ascension d’Internet et de l’immersion du smartphone dans nos vies, bien qu’il nous permette de faire énormément de choses, la génération adolescente actuelle a tout à portée de main. Morgan Sportès parlait, concernant de l’affaire Ilan Halimi, de la génération du « Tout, tout de suite ». On est pile dans cette conception des choses, d’une valorisation de la fainéantise par la société. Sauf que les jeunes ne font que suivre l’exemple de leurs aînés… Aujourd’hui, les gens n’ont plus aucune patience. Si une voiture roule à 10 km/h de moins que la vitesse autorisée, les automobilistes la dépassent comme des malades. Si le service de réseau internet ou mobile plante, ils vitupèrent et en veulent à la Terre entière, demandent remboursement immédiat. Si l’ascenseur est en panne, ils crient à l’escroquerie. Si le bus ou le tram a dix minutes de retard, ils se permettent d’insulter le chauffeur. Si l’assiette arrive trop froide au restaurant, ils réclament à voir le chef… Tous les jours, je constate cette dynamique de « nerfs échauffés » dans ma famille. Et me délecte ironiquement d’entendre à chaque fois, aux repas de famille « De toute façon, les jeunes aujourd’hui, ils veulent tout tout de suite. » C’est un peu facile et hypocrite, vous ne trouvez pas ? …

Mais concernant les stigmates de la jeunesse, il n’y a pas que ça. Une grande obsession de la société est de dire qu’aujourd’hui, les jeunes ne respectent plus rien, et surtout pas leurs aînés… Entendre cela me fait toujours rentrer dans une rage froide. Que dire des personnes âgées qui vous bousculent et se croient tout permis sous prétexte de leur âge qui vous donnerait tous les droits. Combien de fois ai-je cédé ma place dans le bus à une femme âgée et l’ai entendue, cinq minutes plus tard, critiquer l’irrespect de la jeunesse ? Ou dit bonjour dans la rue à un « adulte » qui ne m’a jamais répondu ou regardé comme si j’étais une folle ? Et parmi mes amis, je ne suis pas la seule à m’être déjà pris une douche froide… Est-ce pour autant que je me mets à considérer que tous les « adultes » (difficile pour moi d’employer ce terme vu que j’en suis moi-même une juridiquement parlant…) sont les mêmes, irrespectueux et impolis ? Non, parce que n’importe quelle personne sensée sait que cela n’a aucun lien avec la génération, c’est une question de personnalité. De connerie dirais-je même… Et ce qu’il y a de « bien » avec la connerie, c’est que c’est une maladie qui touche tout le monde, sans distinction d’âge, de sexe ou de classe sociale, à plus ou moins grande échelle. Et il y en a pas mal qui sont depuis longtemps bloqués au stade des soins palliatifs…

Néanmoins, il y a un facteur qui peut l’influencer, elle et tout ce qui s’y rattache : l’éducation…

Des valeurs éducatives qui se perdent davantage chaque année et conduisent à une impression de dégénération de la jeunesse…

En quelques décennies, le monde dans lequel grandissent nos enfants a beaucoup évolué ainsi que les moeurs sociales. Nous assistons à une « athéisation » de la société de plus en plus importantes. Aussi, le fait que les femmes occupent de moins en moins la « fonction » de mère au foyer rend le temps disponible pour les enfants et leur éducation de plus en plus restreint. Enfin, grâce à Internet et à la démocratisation des téléphones portables, les enfants d’aujourd’hui sont exposés de plus en plus jeunes à un contenu inapproprié voire carrément obscène. Du coup, ils veulent grandir, beaucoup trop vite. Devenir des adultes et s’émanciper de leurs parents alors qu’ils n’en ont pas encore l’âge… Du coup, un décalage est créé entre l’âge qu’ils ont physiquement et l’âge qu’ils ont mentalement… Immanquablement, cela créé un déséquilibre important, qu’on appelle plus communément la puberté, la crise d’ado, ou « l’âge con ». Mais qu’est-ce qui pourrait faire que la jeunesse serait stigmatisée comme déclinant actuellement ?

Il faut bien penser que nous vivons dans un monde à cent à l’heure, un monde anxiogène générateur de stress, dans lequel le travail, la productivité et les valeurs matérialistes sont mises en avant. Le fait est que contrairement au temps où nos grands-parents, les parents ont de moins en moins de temps à consacrer à l’éducation de leurs enfants… Et ont surtout une vision de l’éducation beaucoup plus laxiste. En ce qui me concerne, je m’étonne toujours d’entendre les parents décrier la jeunesse, dire que leurs enfants sont insolents et fainéants, et d’un autre côté, les voir offrir un smartphone dernier cri à leur entrée en 6ème, leur laisser à un Internet non sécurisé dès leur plus jeune âge et ne pas les reprendre lorsque des vulgarités sortent de leurs bouches. Même si le comportement d’un adolescent est bien sûr déterminé d’une part par son caractère, l’éducation qui lui a été donnée joue un rôle important…

Ce « théorème » s’explique aussi sur une échelle plus large. Nous, jeunes, entendons depuis que nous sommes adolescents que nous avons grandi dans un monde qui ne nous laissera que désolation, chômage, pauvreté et valeurs dégradées… Un monde qui part en couille prêt à nous accueillir sur les ruines laissées par nos aînés. De quoi déséquilibrer une jeunesse en quête d’une route à suivre pour rendre un monde que nos parents nous demandent meilleur, sans forcément nous donner les clefs pour le faire. Daniel Balavoine parlait d’une jeunesse « qui finirait par virer du mauvais côté parce qu’elle n’aurait plus d’appui ». C’était il y a 35 ans. Une prédiction de plus en plus applicable à notre société.

Tout cela est extrêmement problématique car il y a une incompréhension latente qui s’installe entre les générations. Mais ce fossé a existé de tout temps. Les jeunes penseront toujours que les vieux sont de vieux cons et les vieux que les jeunes sont de jeunes cons. Blanc bonnet et bonnet blanc. La seule chose qui est sûre, c’est que la responsabilité d’une jeunesse que l’on dit dérivante (je laisse à chacun la liberté d’exprimer son point de vue sur le sujet) incombe à la fois à chaque individu concerné, mais également au(x) responsable (s) de son éducation…

Je soussignée, une jeune écervelée définie comme fainéante, sans jugeote et irrespectueuse par ses aînés, déclare avoir pris son temps pour faire une chose constructive, à savoir écrire cet article, au lieu de faire une crise à mes parents, me piquer et glander dans mon canapé, un paquet de chips à la main. Pensez-vous réellement que je suis un cas à part ? …

Lana.

Bref, j’ai fait une première année de licence de droit…

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Merci à Alice et à Julia, qui me réclame cet article depuis plusieurs mois. J’espère qu’il sera à la hauteur de tes espérances. Un petit clin d’oeil également à Laurianne, Ludivine, Romane, Serengül et Coralie…

On fait tous des erreurs dans la vie. Commencer un article de cette manière n’est pas le meilleur moyen de captiver un lecteur, j’en ai conscience, mais comment parler de mon choix d’orientation autrement ? …

(Ceci est le passage de l’article à visée biographique que je prends autant de plaisir à écrire que vous en aurez à le lire, c’est à dire très peu, mais il est tout de même nécessaire pour comprendre comment j’ai pu me retrouver dans cette galère.)

J’ai sélectionné une première année de licence de droit sur le portail d’Admission Post-Bac après avoir choisi de passer un bac L. Ce dernier choix d’orientation a toujours été une évidence pour moi, et pas un choix de dépit comme tant de terminales littéraires qui ont un mauvais niveau en mathématiques et choisissent cette filière en pensant échapper à toute forme de difficulté. Continuer sur la voie d’une licence de lettres modernes ou de littérature étrangère était tout aussi évident pour moi mais mes chers parents en ont décidé autrement : hors de question pour eux que je termine prof ou sous-fifre dans l’administration avec mon niveau scolaire. Ils ont depuis que je suis née de tout autres projets de carrière pour moi : que j’atteigne le sommet de l’échelle sociale. Ce qu’ils n’avaient pas prévu, c’est que je ne serais pas tout-à-fait d’accord avec leurs plans. Reste que j’étais mineure au moment de choisir mon orientation et qu’ils ne m’ont pas vraiment laissé le choix… La désillusion a été à la hauteur de mon erreur : fulgurante… J’ai toutefois choisi de terminer mon année commencée pour me réorienter en fac de lettres l’année suivante, au grand dam de ma famille…

(Fin du passage ennuyeux.)

En dépit de tout cela, je ne peux pas parler de mon année de droit comme d’une année perdue, où tout n’a été que négativité. Ce serait hypocrite et réducteur : le droit est omniprésent dans nos vies sans que nous ne nous en rendions compte et l’étudier apporte immanquablement un plus pour comprendre ce qu’implique notre rôle de citoyen ou de citoyenne. Et je trouvais qu’il serait intéressant, maintenant que l’année est terminée (oui, en fac, on termine notre année en avril…), de tirer un bilan de ce qu’est vraiment une immersion en première année de droit, sans forcément axer cela sur mon expérience ou mes considérations personnelles, que l’on présente comme une épreuve quasi-insurmontable.

Autant ne pas vous mentir : si vous comptez vous orienter en droit après le fac ou vous réorienter en droit après avoir commencé autre chose, vous allez en baver. Beaucoup. Et dire adieu à une partie de votre vie sociale jusqu’à l’été. Mais si vous êtes vraiment motivés, le jeu en vaut la chandelle, car lorsqu’on s’y intéresse un minimum, le droit est une matière réellement passionnante… et que vous deviendrez riches.

I. La fac de droit : avant tout une fac comme les autres…

a) Une méthode de travail complètement différente de celle du lycée

Autant prévenir tout de suite les lycéens qui comptent s’orienter en fac de droit, ou dans une toute autre fac (car la méthode générale reste grosso modo la même pour tout le monde), que vos profs avaient raison lorsqu’ils nous disaient que le bac, c’était un micro-aperçu de ce qui vous attendait en fac. Oui, je sais, c’est humiliant de donner raison aux profs par nature, mais pour le coup, ils sont dans le vrai. En clair : n’espérez pas travailler en fac de droit comme vous travailliez au lycée. Non seulement vous devrez travailler au moins quatre fois plus (mais ça, c’est le prix des études supérieures, c’est un fait et vous n’y échapperez pas) mais en plus de ça vous devrez revoir toute votre méthode.

En fac, les cours sont divisés en deux : les cours magistraux et les TD (travaux dirigés).
Les cours magistraux sont donnés par des maîtres de conférence spécialisés dans la matière qu’ils enseignent. Ils ont un doctorat en la matière, c’est-à-dire qu’ils ont fait au moins bac +8 (et non, ils ne sont pas nécessairement d’immenses masochistes !). Ils écrivent des bouquins et des thèses en parallèle. Ils sont aussi très très bien payés. Ils s’installent face à l’assemblée composée d’étudiants (entre 150 et 1500-2000 pour les plus grandes universités) de telle ou telle filière, de telle ou telle année, et débitent un cours dans un micro que les étudiants prennent en note. Ces derniers devront recracher (recrachage plus ou moins littéral selon la filière choisie) leurs notes aux partiels et voilà. Les cours magistraux représentent environ 75% des cours en fac et peuvent se prendre à l’ordinateur ou à l’écrit, selon les affinités de chacun (pour ma part, c’était un peu des deux, avec une dominante « à la main »).

Les 25% restants sont monopolisés par les travaux dirigés, autrement appelés TD. Les filières en fonction des années sont divisés en groupe de 30 à 35 étudiants. Il existe deux types de TD : les TD qui se réfèrent aux matières principales étudiées. Dans ces TD-ci, vous approfondirez les notions des cours magistraux à gros coefficient avec des chargés de TD, c’est-à-dire des étudiants en master ou en doctorat qui préparent leur mémoire ou leur thèse et qui se griment en prof de droit le temps d’une heure et demie pour vous. La deuxième catégorie de TD concerne ce que l’on appelle dans ma fac les « unités transversales », autrement dit les « matières poubelles » : celles dont on ne sait où les mettre mais qui nécessitent un encadrement particulier. Cela concerne la plupart du temps l’anglais (sauf en fac d’anglais évidemment), l’informatique (où vous apprendrez à ouvrir Word et saisir une formule dans Excel, agrandir et rétrécir une image et même à rechercher votre nom sur Google… waouh.), la culture générale et les recherches documentaires communes à toutes les facs. Les TD sont synonymes d’encadrement et d’approfondissement.

Il se trouve que les TD qui se rapportent aux cours magistraux fondamentaux doivent être préparés à la maison chaque semaine et qu’ils représentent 6h à 8h de travail pour une seule matière. Parfaitement. Plus les cours magistraux à relire chaque soir si vous voulez vraiment votre diplôme et que vous êtes des élèves sérieux. Sur le papier, ça ne parle pas beaucoup, mais croyez-moi, quand ça devient notre quotidien… on le sent comme qui dirait passer…

Face à ce travail colossal, il est donc indispensable de développer une méthode qui mêle à la fois rapidité (si vous voulez garder un petit dixième de votre vie sociale, c’est mieux…) et efficacité. Spécifiquement au droit, c’est une matière qui demande rigueur et précision. On ne peut pas passer une question pour rebondir sur une autre : tout est lié dans un raisonnement juridique. La méthode est encore une fois propre à la filière étudiée et surtout à chaque étudiant, selon son type de mémoire, ses capacités de mémorisation, sa vitesse d’écriture et de raisonnement, etc. Toutefois, une ligne conductrice subsiste : le travail et l’autonomie. On ne peut pas réussir en fac sans autonomie. Mais quoi qu’il en soit, tout change par rapport au lycée, et c’est après avoir essuyé quelques échecs que l’on se met sur les bons rails…

b) Un petit temps d’adaptation, sans aucune aide extérieure

En plus de cette autonomie, les étudiants à l’université sont très déstabilisés par le temps d’adaptation aux nouvelles méthodes de travail. Cela ne se fait pas du jour au lendemain et les chargés de TD peuvent vous y aider du mieux qu’ils peuvent (pour peu que l’on tombe bien). Néanmoins, cela est en perpétuelle évolution toute l’année : vous changez totalement de matières, de maîtres de conférences et de chargés de TD en milieu d’année et perdez tous vos repères alors que vous commenciez à vous faire à ce que l’on vous enseignait et aux spécificités de chaque matière. De plus, contrairement à ce que l’on pourrait croire, la difficulté ne diminue pas au fil du temps, elle est croissante. Du 1er au 2ème semestre de la première année universitaire, il y a un pont immense. Les « profs » décrètent que vous avez fini votre « période d’essai » et que l’on peut commencer à passer aux « choses sérieuses »… Alors que vous pensiez que vous étiez au maximum de vos capacités. Je me rappelle que nous avions frémi durant le tout premier TD de droit constitutionnel de l’année en voyant une page d’agenda complète de devoirs et de questions de dissertation pour la semaine suivante. A la fin de l’année, devoir produire 2 dissertations complètes plus des recherches documentaires ne nous choquait même plus…

c) Quand liberté rime avec danger…

Si vous êtes là de manière transitoire, comme je l’ai été, vous pouvez choisir d’adopter deux attitudes :

– vous accrocher un minimum en vous disant que dans certains pays, les jeunes n’ont pas la chance de pouvoir étudier, donc avoir payé les droits d’entrée à l’université sans y aller est une honte à la moralité humaine, et aussi que cela ne peut être que bénéfique pour votre culture générale, comme je l’ai fait,

– ou décider dès la première quinzaine face à l’ennui qui vous transcende que cette année sera une année sabbatique. Parfois, on le décide consciemment et soudainement. Mais parfois, c’est le manque de travail qui vous y pousse sans que vous vous en rendiez compte.

C’est là tout le danger de l’autonomie qu’offre la fac : l’appel n’est fait qu’en TD (oui, les TD sont des cours obligatoires. En cas de manquement à la condition d’assiduité, si vous bénéficiez d’une bourse d’étude, on vous la retirera sans même réfléchir…) . Vous êtes libres de venir ou non aux cours magistraux, personne ne se rendra compte de votre absence ni de vous la reprochera. Vous avez les cours pour le partiel, tant mieux, vous ne les avez pas, tant pis. Il n’y a personne pour vous materner. Pire encore, personne ne vous impose de relire régulièrement vos cours. Il n’y a pas de contrôle de connaissances (sauf rares cas et matières fondamentales en TD). Dans ces conditions, il est facile de céder aux chant des sirènes de la fainéantise…

Mais cela, ce sont des notions communes à toutes les universités. La fac de droit présente, comme toutes les autres, ses petites particularités…

II. Les spécificités de la fac de droit

a) Le droit en lui-même : une matière passionnante lorsqu’on s’y intéresse, qui devient vite rébarbative lorsque ce n’est pas le cas

Parlons peu, parlons droit. Qu’est-ce que le droit ? On pourrait résumer ça en l’ensemble des règles qui régissent notre système juridique ainsi que son application. Voilà voilà… mais toutes ces règles, il faut bien les apprendre, pour devenir un bon juriste. Et c’est là que le droit trouve ses nombreux détracteurs : quel ennui d’apprendre des règles tels des perroquets. En première année, on a le droit au merveilleux monde du code civil. Plus de 3000 pages d’articles qui se rapportent au droit privé écrits en tout petit et en termes tout aussi pompeux les uns que les autres. Et comme si notre « bonheur » n’était pas suffisamment complet, en parallèle, on étudie la constitution de la Vème République en droit public. De fond en comble. Le fonctionnement de nos merveilleuses institutions passé au crible… Et d’autres matières si spéciales. Badum tss !

Sur le papier, cela peut paraître rébarbatif. Ça l’est pour certains, et c’est passionnant pour d’autres. Il n’y a pas de secret pour distinguer ces deux « groupes » : la passion du droit vient ou elle ne vient pas. Même si elle peut mettre du temps à se manifester, on le sent généralement assez vite, et heureusement, car il se trouve que sans elle, il est quasiment impossible de réussir son droit. C’est d’ailleurs l’un des seuls points sur lesquels s’accordent les juristes et les apprentis juristes : le droit est une filière de passionnés.

b) La distinction importante entre droit privé et droit public, ou la gueguerre entre les privatistes et les publicistes

Et ça tombe bien, parce qu’à côté de ça, ils ne s’accordent pas sur grand chose… et notamment sur la supériorité d’un droit sur un autre, en l’occurrence entre le droit privé et le droit public, les deux grandes branches du droit. Le droit privé se concentre sur le droit civil et le droit pénal, c’est-à-dire les relations juridiques de particulier à particulier. Le droit public se réfère aux rapports entre les particuliers et l’Etat. Autrement dit, durant la première année de droit, cela se traduit par l’étude du droit civil (général et beaucoup de droit des personnes et de la famille) en droit privé et par du droit constitutionnel et politique en droit public. Les étudiants en droit mettent plus ou moins de temps à choisir leur « dominante », choix qui se fait sur deux critères : les affinités et les poursuites d’études souhaitées. Il se trouve que la plupart des étudiants en droit visent une profession libérale telle qu’avocat ou les concours de la magistrature. Logiquement, ils s’orientent en droit privé en majorité. Ceux qui souhaitent travailler dans la fonction publique ou accéder aux fonctions politiques auront davantage tendance à préférer le droit public. Pour ma part, si j’avais continué le droit, je pense que je me serais dirigée vers le droit public de par mon intérêt pour la politique au sens large. Et aussi car la profession d’avocat devient contingentée.

c) « Le droit, c’est du par cœur de toute façon » : une conception des études juridiques très très discutable…

Il y a une idée reçue que l’on entend souvent avant de devenir étudiant en droit, qui est « Le droit, c’est du par cœur. Va en droit, tu as une bonne mémoire ! ». Je suis d’accord avec le fait que le droit est une grande partie de mémorisation. Mais dire que le droit ce n’est QUE du par cœur est une grossière erreur. Connaître le code civil par cœur (ce que l’on ne vous demande absolument pas dans vos études d’ailleurs, encore une idée reçue), c’est bien, mais si l’on ne sait pas s’en servir pour mener un raisonnement juridique, ça ne sert strictement rien. Sans raisonnement juridique, que l’on ait tous les textes de loi en tête ou pas, on fera un mauvais juriste. Un juriste minable même. Donc du par cœur, oui, mais pas que… le droit, c’est surtout beaucoup de logique dans l’argumentation (et quand vous n’avez aucune logique comme c’est mon cas, cela donne des copies assez drôles…), et de la rigueur dans le raisonnement. Mais tout cela s’apprend une fois que l’on est étudiant en droit, pas avant. D’ailleurs, la licence de droit nécessite une certaine polyvalence : on n’y apprend donc pas que du droit… C’est souvent une école de vie.

III. Mais le droit, ce n’est pas QUE du droit…

a) … c’est aussi des matières d’ouverture, généralement encore plus horribles que les matières juridiques

En première année de droit, vous avez pas mal de matières, toutes très nouvelles, quelle que soit la filière d’origine. On pourrait diviser les matières en trois catégories :
les matières principales, au nombre de deux. Dans ma fac, au premier semestre, il s’agissait de l’introduction générale au droit (souvent appelée introduction au droit civil dans les autres facs) et du droit constitutionnel, et au deuxième semestre, du droit constitutionnel (toujours) et du droit des personnes et de la famille. Elles s’accompagnent de TD et de contrôle continu, et bénéficient d’un coefficient élevé.
les matières d’approfondissement (type institutions juridictionnelles ou histoire antique et médiévale du droit),
les unités transversales (voire le passage sur les « matières poubelles »).
– enfin, les matières d’ouverture : économie, sociologie, science politique, gestion, etc.
Autant le dire, c’est relativement folklorique… Surtout l’économie quand on est fâché avec les chiffres. Surtout la science politique quand le prof HURLE littéralement dans le micro. Surtout la gestion quand la gentille secrétaire qui constitue les emplois du temps vous met quatre heures de gestion d’affilée, en plein hiver, à 8h… le samedi. Mais ça, c’est parce qu’ils sont tous un peu bizarres dans ma fac…
Bref, tout ça pour dire que l’on n’étudie pas que le droit en fac de droit… et tant mieux pour nos pauvres cerveaux qui pensent, mangent, dorment droit.

b) … c’est aussi une ambiance, ma foi assez déplorable, menée par une moitié de touristes et l’autre d’arrivistes, et beaucoup, beaucoup d’ennui

Si vous comptiez aller en droit pour l’ambiance, c’est déjà idiot à la base, mais en plus de ça, vous risquez fort de vous prendre une douche glacée, voire carrément un iceberg en pleine tronche… Globalement (il ne faut pas tomber dans le cliché, tous ne sont pas comme ça), les étudiants en droit ne sont non seulement pas les pires joyeux lurons que l’on peut trouver, mais ils sont fainéants, arrogants, arrivistes ou de véritables branleurs. En tout cas, ça se passe comme ça dans ma fac en licence. En master, ils deviennent heureusement bien plus sérieux. Car oui, beaucoup d’étudiants de première année ne sont clairement là QUE parce qu’il fallait sélectionner une formation non-sélective sur Admission Post-Bac. Ils ont, pour autant, la bêtise de croire qu’ils y arriveront sans rien faire. Pour les plus passionnés, ils adoooorent affirmer la supériorité du droit sur les autres filières.

Je n’ai jamais vu pendant ma première année de droit autant de filles qui faisaient le concours de celle qui sera la plus maquillée comme une voiture volée, et surtout autant de personnes qui souffrent d’un tel manque de culture générale. Pour des étudiants en droit, c’est quand même une hérésie… A cela, j’ajouterai leur grande impolitesse et leur immaturité (un jour, un groupe de filles derrière mes amies et moi dans l’amphi ont passé les deux heures d’un cours donné par une maîtresse de conférences à se moquer de sa petite taille, de ses vêtements et de son surpoids… je crois que je n’aurais pas tenu une heure de plus sans me retourner pour les insulter, et je n’avais vu ça nulle part ailleurs chez des adultes…). Malheureusement, ce sont souvent des personnes comme celles-là qui se sont retrouvées derrière nous.

Il se trouve que la fac de droit où j’étudiais est située juste à côté de la fac de sciences. Même lorsque les deux universités se mélangent pour aller par exemple à la BU (bibliothèque universitaire) ou encore au RU (restaurant universitaire), on a l’impression de pouvoir séparer très facilement les deux filières : les étudiants en sciences sont très hétéroclites tandis que les étudiants en droit sont pour la plupart très conformisés. C’est l’une des premières choses qui m’a marquée quand je suis arrivée. Si vous êtes un minimum excentrique, n’espérez pas vous intégrer facilement. Après, les choses sont peut-être différentes dans d’autres facs, mais j’ai pu discuter de mon point de vue avec d’autres étudiants en droit venus d’autres universités, et globalement, la norme reste la même… Je n’imagine même pas la situation si le droit était un concours comme la médecine…

Il y a toutefois quelque chose qu’on ne peut pas enlever aux étudiants en droit qui sont intéressés par leur filière et souhaitent vraiment réussir : ils sont d’une motivation inébranlable et ne lâchent jamais rien. Une telle solidité mentale (parce que le droit en demande…), je n’ai encore vu ça nulle part ailleurs. D’ailleurs, on distingue assez facilement les deux camps encore une fois…

c) … c’est aussi des profs prêts à tout pour vous casser… paradoxalement pour vous aider à donner le meilleur de vous-même. Ils n’en restent pas moins pour certains imbus de leur personne et n’oublient jamais de vous rappeler votre position de « 1ère année » inculte et inexpérimenté…

Si vous épousez le doux dessein de devenir étudiant en droit, ne vous attendez pas à beaucoup d’indulgence et de réconfort de la part de vos maîtres de conférence. Ils chercheront plutôt à vous pousser à bout afin que vous repoussiez vos propres limites. Certains s’avèrent être absolument odieux dans ce domaine… d’autres se donnent un genre tel qu’ils le paraissent mais ne le sont pas vraiment. Quoi qu’il en soit, la chute risque d’être vertigineuse si on ne s’attend pas à cette dureté, tant dans l’enseignement que dans les notes. Il y a deux explications à ce comportement : d’abord, ils restent toujours désabusés devant l’impolitesse, la fainéantise et le manque de culture générale ET de motivation des 1ère année, si bien qu’ils se sont mis à progressivement les détester. Bizarrement, je les comprends… Ensuite car ils sont aussi passés par là et que leurs profs ont eux-mêmes agi comme cela avec eux pour les pousser dans leurs retranchements… le fait qu’ils soient devant vous montrent qu’ils ont réussi, grâce à cela… Ils testent également votre résistance face à un rythme qui doublera d’intensité en deuxième année. Une de nos maîtresses de conférence (la plus dure, redoutée de tous… mais qui selon moi se cache derrière ses airs de méchanceté) parlait de « sélection naturelle » : on pousse tout le monde à bout pour savoir ceux qui vont décrocher et ceux qui auraient les nerfs assez solides pour arriver jusqu’au bout…

Derrière ces pratiques peu agréables, il y a également des profs géniaux, dans ma fac en tout cas. Des profs qui ne se prennent pas au sérieux par exemple, comme paradoxalement la doyenne de l’université, qui est en est devenue la directrice après avoir redoublé sa première année de droit car elle s’était davantage passionnée pour les beuveries durant cette période que pour le Code Civil… comme quoi ! Nous avions aussi un prof complètement déjanté, moqueur, lunaire et capable de partir en plein milieu d’une explication sur un des moments de sa vie « épiques » sans raison apparente. Cela ressemblait un peu à : « Alors, étudions les fonctions du Préfet de Département maintenant. Ah tiens, je ne vous avais pas raconté la fois où j’avais rencontré un nain sur la Canebière ! Alors, c’est parti.  » Nous l’appréciions tellement (alors que sa matière était vraiment rébarbative pour tout le monde !) que nous nous sommes levés à la fin de son dernier cours pour l’applaudir, ce que nous n’avons fait pour aucun autre prof.

Enfin, les étudiants (enfin… surtout les étudiantes) en droit de ma fac se souviendront toujours du charisme d’un certain maître de conférence qui enseignait notre matière principale. Cet homme a un charme absolument indescriptible qui en laisse plus d’une interloquée (et rêveuse, n’est-ce pas mon Goofy ?). A chaque fois qu’il prend la parole, on ne peut qu’être captivé par ce qu’il dit car on sent que son métier le passionne vraiment. C’est aussi ce genre de prof qui donne envie de s’accrocher quand on a envie de tout lâcher…

d) … c’est aussi une matière inadaptée aux véritables littéraires, contrairement à ce que l’on peut dire

Lorsque j’étais en filière littéraire au lycée, et que je faisais part de mon intention (et non pas de mon envie…) de m’orienter vers une fac de droit, les conseillers d’orientation aimaient me dire que le droit est une filière très bien adaptée aux littéraires car il faut aimer écrire. On estime d’ailleurs que le pourcentage de bacheliers littéraires en première année de droit est de 20%, derrière les S (scientifique)  et les ES (économique et social). Car le droit est une filière majoritairement adaptée aux filières générales, c’est vrai. Beaucoup de STMG (Sciences et Techniques du Management et de la Gestion) s’y risquent également, mais ce sont généralement eux qui dégringolent le plus vite…

Pour en revenir au caractère « littéraire » de la filière droit, certes, il faut aimer écrire, car on en noircit des pages de dissertation… Cela demande une grande capacité rédactionnelle. Ça ferait presque peur tout ce qu’il faut écrire en droit. Si vous aimez écrire sur un modèle préfabriqué, morne et monotone, effectivement, vous avez frappé à la bonne porte. Seulement, si vous êtes comme moi (et comme tous les véritables littéraires je pense), et que vous aimez écrire de manière assez libre et la plus artistique possible, insérer dans votre propos des éléments de culture générale, que vous prenez du plaisir à faire glisser votre plume selon votre méthode… hum, fuyez, pendant qu’il en est encore temps, pauvres fous ! En fac de droit, l’écriture se transforme en une corvée démotivante pour les littéraires. Je n’ai jamais autant bâclé une dissertation que pendant les épreuves de droit constitutionnel, alors qu’écrire est ce que je préfère au monde.

De plus, le droit demande une rigueur et une précision millimétriques, qui ne sont pas sans rappeler la méthode des scientifiques… contraire à celle des littéraires qui ont plus tendance à « broder » et à disserter (ce qui leur vaut leur réputation d’infinies feignasses, il est vrai…)  En clair, en droit, ce qui compte le plus n’est pas ce que vous dites ni la manière dont vous le dites mais la logique juridique de votre argumentation. Et lorsque vous aimez donner votre avis et votre vision du monde, vous allez vite comprendre que cela peut vous être fatal. C’est pour cela que je pense désormais que le droit n’est pas fait pour les littéraires, ni pour tous les autres aspirants juristes qui aiment à teindre leur travail d’un certain sens artistique et d’originalité.

IV. Mais si on sait prendre les choses avec philosophie, la fac de droit peut être extrêmement enrichissante. Ce ne sera JAMAIS une année de perdue si l’on se réoriente !

a) La méthode du travail universitaire est déjà acquise coûte que coûte et après une année de droit, il y a de grandes chances qu’une autre poursuite d’études vous paraisse beaucoup plus simple 

Pour autant, la fac de droit a également ses bons côtés, même si on ne termine pas sa licence… Une première année de licence de droit permet d’acquérir une méthode de travail efficace et utile en cas d’avalanche de travail qui s’abattrait sur vous dans votre future nouvelle filière… Il s’avère qu’après avoir survécu à la fac de droit, on peut survivre à pas mal de choses ensuite… Il y a donc de grandes chances pour qu’une autre poursuite d’études vous paraisse être une tarte à la crème à côté du droit, et que vous y réussissiez plus facilement (à moins que vous vous réorientiez en médecine, mais pour passer de droit à médecine, il faut réellement aimer se faire du mal, ce n’est pas possible autrement…).

b) La culture juridique offre une véritable ouverture sur le monde qui nous entoure et avoir été étudiant en droit donne des outils pour mieux comprendre l’actualité

Aussi, il y a quelque chose d’extraordinaire dans la fac de droit qui fait que, lorsqu’on aime suivre l’actualité, on comprend tout de suite mieux les éléments évoqués dans les médias. L’actualité devient ainsi rapidement limpide et l’on saisit mieux les choses, notamment en politique. La culture juridique est à elle seule très utile pour comprendre le monde qui nous entoure et pour agir sur notre quotidien. Qu’on le veuille ou non, le droit fait partie intégrante de notre vie. Il régit nos rapports et notre matière de vivre. En connaître une partie permet d’éviter de nombreux ennuis, et connaître ses droits est TOUJOURS utile, non seulement pour éviter de se faire escroquer, mais aussi en vue d’une vengeance (ça, c’est limite moralement, mais certains n’hésiteront pas)… L’étude du droit ne sera à aucun moment inutile, même si vous avez l’impression de sombrer dans un ennui mortel…

c) Enfin, comme partout, on peut y faire de merveilleuses rencontres…

Perdues dans l’immensité des touristes et des arrivistes que j’ai cité tout à l’heure, il existe des personnes très sympathiques avec qui il est possible de lier une grande amitié. J’ai eu la chance, dès le premier jour de fac, de rencontrer une fille très sympathique. Elle était assise, toute seule, au centre de l’amphithéâtre bondé quand je suis rentrée. Je suis allée m’installer près d’elle et comme elle était un peu timide, j’ai engagé la conversation. Le lendemain, une étudiante avec qui j’avais vaguement discuté la veille est venue nous rejoindre et nous sommes restées ensemble toute l’année. Il se trouve que l’une d’elle s’est révélée sur le long terme être aussi dérangée que moi, et que notre amie, sous ses airs plus sérieux, cache la même folie. Partant de là, nous n’avons pu que nous lier d’amitié rapidement et tenir le rythme difficile de la première année de droit grâce à notre tendance au fou rire et à la déconne. Il faut dire que certains profs nous donnaient vraiment de quoi alimenter nos conversations … Ainsi, il n’était pas rare qu’on nous entende rire à l’autre bout de l’amphi pendant la pause entre deux conférences (ce qui était plutôt mal vu compte-tenu de l’ambiance très funèbre qui régnait le plus souvent…). Nous avons eu un nombre de délires assez incalculable, et mes cours sont constellés de nos bêtises dans la marge. Trouver des camarades comme j’ai eu la chance d’en rencontrer dès le départ m’a vraiment aidée à ne pas tout lâcher. Il faut dire que les deux étudiantes dont je parle sont, elles, très intéressées par le droit et comptent continuer dans cette branche.  Elles ont donc contribué à me motiver un peu.

Aussi, dans mon groupe de TD, j’ai retrouvé deux camarades qui étaient en terminale L dans le même lycée que moi, l’une dans ma classe avec qui je m’entendais très bien à la base, l’autre dans l’autre classe de terminale L mais qui se trouvait être la meilleure amie d’une fille de ma classe avec qui je m’entendais bien aussi. En parallèle, nous avons rencontré une étudiante de 22 ans qui sortait d’une licence de comptabilité-gestion mais qui souhaitait reprendre des études de droit. Son style tranche avec celui des autres filles très conformées au modèle imposé par la société, et son franc-parler ne plaisait clairement pas à tout le monde. C’est peut-être le fait que nous n’appréciions vraiment pas la majorité du reste du groupe qui nous a poussées les unes vers les autres, et c’est finalement comme ça que nous ne nous sommes plus quittées non plus.

L’année prochaine, comme j’ai survécu à la première année de droit (*danse du juriste*) et que les filières linguistiques reprennent 3 semaines après les filières juridiques, économiques et politiques dans la ville où j’étudie, je compte aller aux cours en amphithéâtre des LD2 avec mes amies de fac pour les revoir, et même au-delà en fonction des disponibilités que m’offrent mon emploi du temps (les conférences en amphithéâtre sont accessibles à tous, même aux non-licenciés). La preuve que ça ne m’a pas tant traumatisée que ça, finalement…

Lana. 

« DIRE JE T’AIME » : Solange vous parle et ce qu’elle dit est peut-être plus important que tout ce qu’on peut entendre dans les médias…

Source de l’image : http://www.lesinrocks.com/wp-content/thumbnails/uploads/2014/03/capture-dcran-2014-03-11-153934-tt-width-1431-height-805-bgcolor-FFFFFF.png&sa=X&ei=gVVJVfngK4_hauiOgegL&ved=0CAkQ8wc4EA&usg=AFQjCNGc6t8Ta1gSe6cVG2qQpQylPeKFxA

Merci à Solange pour m’avoir fourni le sujet de cet article, et merci INFINIMENT à elle pour toutes les vidéos qu’elle réalise. Les regarder sont à chaque fois comme prendre une bouffée d’oxygène dans un air vicié par le conformisme et le matérialisme ambiant…

Un article dont le titre commence par « Dire je t’aime »… ce n’est pas un article. Ce n’est même pas un texte informatif quant à un phénomène de société ou un fait d’actualité. Ça ne veut rien dire. Ce titre n’a aucun sens. Ce titre est stupide. Ce titre pue les bons sentiments et dégouline de la naïveté de l’éternelle adolescente que je suis. Je l’admets, je l’assume, et pire encore, je le revendique !

Parce que je suis fière que cet article parle d’autre chose que de la naissance du Royal Baby 2 (même si je souhaite tout le bonheur du monde à cette petite choupinette son altesse royale la petite princesse de Galles, à ses parents et à son grand frère) ou de cette histoire qui mèle les Femen et le Front National (je n’en sais pas plus et pour tout vous dire, je préfère de rien savoir de n’importe quelle actualité qui concerne le FN…).
Parce que je suis fière de ne pas faire une sorte de copier-coller arrangé d’un autre article que j’aurais lu ailleurs, comme le font 90% des journalistes.
Parce que, comme semblent l’oublier les journalistes, derrière la plume de chaque écrivain, journaliste, chroniqueur ou simple citoyen il y a une âme. L’article ne s’écrit pas tout seul, pendant que je suis en train de mater une série américaine avec un seau de pop-corn. Une âme libre de penser, de s’exprimer, de donner son avis et de commenter les informations qu’elle relaie. Une âme qui vit dans un monde qu’elle questionne chaque jour qui lui a été donné de vivre. Et dans mon cas, une âme qui refuse de se censurer, surtout sous prétexte que « ce n’est pas ce qu’attendent les gens ».
Et surtout parce que je ne parle pas ici de l’actualité brûlante, certes, mais je reste dans l’actualité, une actualité beaucoup plus discrète, mais présente dans nos vies tous les jours. L’amour (au sens amoureux, amical, comme au sens « bobo » du terme, c’est-à-dire l’amour des autres et de la vie) est omniprésent dans nos existences respectives et personne ne peut dire le contraire. Même quand il n’est pas là il est quand même là, sous la forme du manque…


Je suis actuellement en train de préparer d’autres articles plus « conventionnels », mais aujourd’hui, j’avais envie de vous parler d’une vidéo d’une Youtubeuse française pas forcément très connue au regard d’autres géants en la matière (Cyprien, Norman, ou encore dans un registre différent Mathieu Sommet ou Antoine Daniel, etc.). Ina Mihalache de son vrai nom se fait appeler Solange en référence au personnage de Solange dans Les bonnes de Jean Genet, une pièce de théâtre que j’ai eu déjà la chance de voir jouée sur les planches. Sa chaîne Youtube, SolangeTeParle, a été créée en novembre 2011. Je suis tombée sur sa chaîne tout-à-fait par hasard en regardant d’autres vidéos. C’était il y a deux ou trois mois, et j’ai rapidement eu envie de visionner toutes les vidéos de sa chaîne, sans exception, après m’être délectée de la première. Il faut dire que Solange a un style très particulier, très artistique : ça passe ou ça casse… Lorsque j’ai voulu partager ma découverte avec des amis, leur première réaction a été : « Mais… elle a pris de la drogue, c’est pas possible autrement… ». Solange, comédienne de profession, prend une élocution très particulière pour tourner ses vidéos, un ton très monocorde, extrêmement lent, comme si elle était parfois déconnectée de la réalité, qui pourrait en exaspérer beaucoup, et elle en a parfaitement conscience. C’est cette rupture avec un rythme habituellement très soutenu et rapide chez les Youtubeurs qui fait sa marque de fabrique et qui, à titre personnel, m’a littéralement fascinée. Regarder une vidéo de Solange, c’est un peu comme ralentir le temps dans une société où tout nous incite à courir sans même prendre le temps de réfléchir à ce après quoi nous courront. Et l’aimer, c’est dire « merde » au système. Il faut clairement réfléchir un minimum pour aimer le travail de Solange, du moins se questionner sur ce qui nous entoure. Car là encore, elle ne commente pas les vidéos les plus « improbables » du Net ou ne fait pas de tutoriels mode et beauté. Elle se montre telle qu’elle est, sans maquillage et les cheveux en bataille (ce qui est plutôt rare pour une Youtubeuse), et disserte sur des sujets qu’elle choisit à l’aide d’un dictionnaire. Elle tourne donc ce que l’on pourrait appeler des  » billets d’humeur « . Pour le reste, le principe est le même que la plupart des Youtubeurs : des vidéos assez courtes (même si cela peut varier), son appartement comme lieu de tournage (sauf exception) et un accent mis sur ce qui est dit sur le fond, et non pas sur la forme. Une communication 2.0 moderne, libre, décomplexée, créative et sans barrières. Elle a également réalisé son propre long-métrage, Solange et les vivants, et a animé une émission radiophonique sur Le Mouv’ nommée « Solange pénètre ta vie intime « .

A ce jour, Solange comptabilise environ 7 300 000 de vues sur sa chaîne Youtube et un peu plus de 75 000 abonnés, ce qui correspond tout de même à une belle petite notoriété. Parmi toutes ses vidéos, les deux plus visionnées et recherchées sont celles dont je souhaitais vous parler maintenant, car je trouve que les réflexions que soulève Solange méritent d’être dissertées et approfondies… Cependant, j’ai choisi de me limiter à une seule vidéo, dans un souci de clarté et de concentration. J’ai donc choisi de ne pas aborder : JE SUIS BOBO ET VOUS EMMERDE, mais je vous invite tout de même à aller la visionner.

« Dire je t’aime » : tant de retenue pour si peu, et surtout, pour quelque chose qui nous fait du bien…

↑ L’objet du délit ↑

Il était une fois un monde dans lequel tous les êtres humains ou presque poursuivent un ultime but : aimer et être aimés. Seulement, dans ce même monde, on n’ose pas se dire que l’on s’aime. C’est de mauvais ton. Dévoiler ses sentiments, baaaaah, c’est une honte ! On doit s’aimer sans se le dire, afin de rester hermétique et de ne jamais se mettre en danger. C’est bien ça ce « mal du siècle » que dénonçait déjà Musset au XIXème siècle. Le mal de toute une société.

C’est ce dont Solange souhaitait nous parler dans cette vidéo.

Elle commence par nous rappeler que dans son enfance il s’agissait d’une enfant très aimée, à qui on le disait sans retenue, et en quantité égale à la taille de l’amour qu’on lui portait… Ainsi, elle se compare à l’un de ses ex petits amis auquel sa mère ne disait jamais Je t’aime car « il n’y a pas besoin de lui dire, il le sait », selon les dires de sa propre mère. Généralement, on sait très bien à quel point nos parents nous aiment. Il est vrai que sur le principe, ils n’ont pas besoin de le dire pour que nous le sachions, et vice-versa. Cependant, tout ce que l’on fait, on ne le fait pas parce qu’on en a besoin, mais souvent parce qu’on en a envie. Nos actes sont majoritairement le fruit d’impulsions du moment. Alors pourquoi ne pas prononcer ces mots de manière spontanée, tout simplement parce que ça nous fait plaisir de le dire ? D’autant que nous sommes tous heureux d’entendre Je t’aime, que cela vienne de notre mère, de notre père, de nos frères et sœurs, de notre meilleure amie ou de notre chéri. Personne ne risque de vous dire « Ça me blesse énormément ce que tu viens de me dire… » ou encore « D’où tu te permets de me parler de cette manière ! ? ». Non, car bien que ces trois petits mots peuvent paraître insignifiant, mis ensemble, ils prennent une force incroyable.
Je t’aime est une expression belle. Agréable. Douce. Puissante… Partant de là, on pourrait se dire qu’un Je t’aime doit être rare, qu’il ne doit pas être dit sans occasion spéciale, sans conséquence. C’est un point de vue qui se discute. Car ce que l’on oublie souvent de mentionner, c’est qu’il n’y a pas qu’une seule manière de dire Je t’aime

Il y a autant de sens différents dans Je t’aime que de manières d’aimer, et c’est justement pour cela que je ne fais pas partie de ceux qui pensent que l’on ne peut dire Je t’aime qu’à une seule personne, ni qu’il faut cérémonialiser cette expression. C’est justement sur ce point que Solange tente d’attirer notre attention… Elle nous raconte ainsi qu’elle a entendu un Je t’aime de la part d’un jeune homme qu’elle connaissait à peine (et sans ambiguïté) et qu’elle a pris conscience du véritable sens de Je t’aime, en l’entendant de manière si spontanée… et sans retour. Un acte qui peut paraître banal mais qui est finalement assez exceptionnel.
Il y a, de manière générale, une véritable difficulté à dire Je t’aime dans notre société… Comme si dire Je t’aime était en réalité… un engagement. Un engagement pour le futur. Comme si Je t’aime se conjuguait implicitement au futur, comme si cela voulait dire « Je t’aimerai toujours, toute ma vie ». C’est certainement pour cela que tant de couples se refusent à se le dire, ce que Solange exprime très bien. Les femmes n’osent pas dire Je t’aime de peur de faire fuir l’homme qu’elles aiment. Elles se retiennent de le faire et n’attendent pas de leur partenaire qu’il le leur dise, car elles savent que cela représente un engagement important pour eux. D’ailleurs, c’est généralement la femme qui dit Je t’aime. Cela ne veut pas dire que les hommes ne nous aiment pas ou nous aiment moins. C’est une question d’éducation et de « théorie des genres ». On inculque aux garçons depuis leur plus jeune âge qu’ils ne doivent pas montrer leurs états d’âme… rester impassibles. Ainsi, difficile de leur en vouloir. Ce n’est pas pour autant qu’ils ne nous aiment pas. Ils ont simplement plus de mal à le reconnaitre, mais également à l’exprimer. Et lorsque les plus romantiques et courageux d’entre eux osent se lancer… leurs Je t’aime sortent rarement sous la forme d’un Je t’aime. « Je tiens à toi », « Je me sens bien avec toi », « On est tellement bien ensemble », ou encore le graaand classique qu’on a toutes entendu au moins une fois : « J’ai des sentiments pour toi. ». Je l’ai encore entendu récemment et cela m’a fait sourire, toute cette retenue. Pourtant, même si ce n’est pas grave, c’est… problématique.
« Je t’aime, c’est bon à dire, bon à entendre, et ça devrait pas être tout ce monstre qu’on s’en fait. » Cette phrase de Solange synthétise tout ce que l’on devrait retenir d’un Je t’aime. On s’en fait toute une maladie. Une maladie. C’est négatif une maladie, ça fait mal, ça blesse, ça épuise, ça stresse… Alors le « Je t’aime » devient triste. Voire inutile, car mal compris.
Alors à tous les « effrayés » du Je t’aime, et notamment les hommes : personnellement, et je pense que je ne suis pas un cas isolé, quand je dis ou pense Je t’aime (dans un contexte amoureux), cela ne veut pas dire : « Je veux passer l’éternité avec toi, que nous ayons trois enfants que nous appellerons Lancelot, Arthur et Cunégonde, et puis un labrador, puis un chat, puis une grande maison avec jardin… ». Cela veut tout simplement dire « Là, tout de suite, je me sens bien avec toi. Je ne sais pas ce qu’il en sera dans deux semaines ou même deux heures, mais actuellement, je ressens un sentiment de plénitude avec toi, et seulement toi. Je ne voudrais pas être avec quelqu’un d’autre, tu me combles par ta seule présence. Ce n’est pas un engagement, c’est un fait, c’est ce que je ressens sur le moment. D’ailleurs, je n’attends pas que tu me renvoies un Je t’aime, tu peux tout aussi bien me donner un sourire timide ou m’embrasser, ou me prendre dans tes bras. Je voulais seulement que tu le saches. » Voilà. C’est tout. Est-ce qu’il est vraiment nécessaire de faire tout un monde de ces deux petits mots minuscules qui ne servent qu’à exprimer l’un de nos sentiments ?… Surtout lorsque ce sentiment est le plus magique qui puisse exister.
Aussi, le Je t’aime exprime un raccourci. Il est courant de dire à son partenaire : J’aime ton parfum, j’aime le son de ta voix, ton sourire, tes yeux, le toucher de ta peau contre la mienne… Alors pourquoi pas Je t‘aime ? Toi, je t’aime toi, parce que c’est toi qui porte ce parfum. Il fait partie d’un tout qui te complète. Et c’est ce tout que j’aime, plus que ce détail…
Tout cela pour dire qu’il existe une multitude de Je t’aime. D’ailleurs, il y a aussi le Je t’aime au sens d’engagement. Mais là encore, ce ne sont pas les mots en eux-mêmes qui comptent, mais le pouvoir qu’on leur donne…

D’ailleurs, tout comme Solange le fait, il m’arrive de dire Je t’aime à mes amis. En fait, je le fais tout le temps… je fais des câlins (au sens d’étreintes et pas de galipettes, merci…) et des grandes déclarations d’amour facilement à mes amis (mais ça, c’est parce que je suis un peu cinglée, ils pourront tous en témoigner… quoiqu’ils sont à peu près tous aussi atteints que moi dans leur genre donc très mauvais juges), beaucoup plus qu’à un éventuel partenaire, et cela a toujours été. Pour ceux qui y réagissent bien bien sûr, car certains y sont très hostiles et je respecte ça. Il m’est même arrivé, à la suite de ça, qu’on me soupçonne d’homosexualité lorsque je le disais à une amie, ou d’être amoureuse de l’individu en question lorsqu’il s’agissait un ami. Comme si dire et entendre Je t’aime était le privilège de l’amour conjugal. Je précise « conjugal » car il ne faut pas se leurrer : l’amitié est une forme d’amour, c’est même déjà l’amour. La seule différence est la dimension sexuelle : on a envie de faire la danse des corps avec son copain ou sa copine, pas avec un ou une amie. C’est différent sans l’être… et c’est pourquoi on ne devrait pas avoir peur de dire ou d’entendre « Je t’aime« , au sens amical, comme amoureux ou même fraternel et familial. Et quand on sent qu’il doit sortir, on ne devrait jamais, ô grand jamais, se retenir…

Moi-même je pensais différemment il y a encore quelques temps. Je sacralisais le Je t’aime, peut-être parce que j’ai grandi dans un milieu familial, comme le webmaster de Solange, où l’amour ne se montre pas et se dit encore moins, et parce que j’ai amèrement regretté les Je t’aime que j’ai pu prononcer. Je pense également que j’ai été influencée par la société. Mais la vidéo de Solange m’a ouvert les yeux. On peut ne pas être d’accord avec ce qu’elle dit, mais si on ne veut pas le dire… alors il faut au moins le montrer.

Je pourrais conclure le commentaire de cette vidéo en vous disant de courir appeler tous vos amis, vos parents, vos grands-parents et votre chéri(e) pour leur dire que vous les aimez. Mais je ne le ferai pas, premièrement car je ne le ferai pas moi-même, et deuxièmement, car je suis mignonne avec ma leçon de morale, mais si j’avais ne serait-ce que deux grammes de courage, je ne serais pas devant ma tablette, connectée à WordPress, mais bel et bien en train de hurler « Je t’aime » à une certaine personne assez fort pour qu’il l’entende… Mais je ne le ferai pas car il y a une marge entre entendre et assimiler et appliquer le message de Solange… ce qu’elle, fait très bien.
Et rien pour ça, je t’aime Solange ! Oui, moi, la blogueuse derrière mon écran, je ne te connais pas personnellement, mais je peux te dire que je t’aime, sans engagement ni souhait de retour… C’est seulement que tes messages me touchent, et ça me suffit à penser que je t’aime, alors que non, je ne veux pas me marier avec toi, ni que nous adoptions un labrador (tu as déjà Truite de toute façon !) et que nous allions élever des bébés pastèques en Antarctique. C’est juste mon sentiment du moment. Et c’est peut-être la forme d’amour la plus saine qui existe : sans passion, ni cri, ni larmes, sans déchirement ni manque…

Lana.

L’évolution de la place de la femme dans la société : un constat peu encourageant… et c’est principalement de notre faute, mesdames !

Source de l’image à la une : http://kulturegeek.fr/wp-content/uploads/2013/11/femme-photoshop_2.jpg7

Et des autres… : http://salon-litteraire.fr/wp-content/uploads/2014/10/femmes_pantalon_0.jpghttp://www.deguisement-magic.com/media/catalog/product/cache/2/image/9df78eab33525d08d6e5fb8d27136e95/d/e/deguisement-annees-70-5808y.jpg 

 http://ilizam.i.l.pic.centerblog.net/r6krlrub.jpg

Merci infiniment à Marine pour l’idée d’article, et merci également à Marion et Juliette pour la longue discussion que nous avons eu sur le sujet et qui a en grande partie nourri cet article…

Une femme aux courbes absolument parfaites, à la peau lisse et d’une teinte lumineuse, aux cheveux dans lesquels ne se trouve aucune mèche rebelle (alors qu’ils sont bouclés, elle en a de la chance cette demoiselle dites donc, les miens sont comme ça et je me bats tous les matins !), au regard à la fois doux et lubrique (le rêve de n’importe quel homme !) et j’en passe : telle est la femme que vous pouvez apercevoir sur la photo ci-dessus. La perfection féminine ? Peut-être dans le monde de Mattel… La différence est que lorsqu’on achète une Barbie à une petite fille, il est très clairement marqué qu’elle est en plastique, sans tromperie sur la marchandise !

Soyons sérieux deux minutes, trouvez-vous réellement que cette femme est séduisante ? Messieurs, auriez-vous envie de faire l’amour à une femme-robot, conforme aux attentes moyennes d’un homme quant à ce qu’il recherche chez une femme, déterminées par un sondage auquel vous n’avez même pas été convié ? Et vous mesdames, seriez-vous prêtes à passer des heures devant le miroir pour ressembler à cette « idée de la perfection » un tant soit peu effrayante rien que pour vous conformer à l’idéal de ces messieurs ?

De toute manière, ce serait impossible… Rassurez-vous, vous n’avez même pas besoin de vous ruiner en maquillage pour cela : un/une ami(e) aguerri(e) à l’utilisation du logiciel de retouchage Photoshop suffit. Bah oui, vous ne croyiez tout de même sérieusement pas que cette femme était naturelle ? Bien sûr que non. Mais alors, pourquoi tentez-vous de vous rapprocher de cet « idéal » au quotidien ? …

A la lecture de cet article, vous devez vous demander en quoi toute cette discussion sur cette demoiselle photoshopée a rapport avec la place de la femme dans la société, comme annoncé dans le titre de l’article. Eh bien c’est ce que les lignes qui suivent vont tenter de démontrer : ou comment, en voulant revaloriser la place dans la gente féminine dans la société, nous nous sommes nous-mêmes enfermées dans une mode qui nous réduit plus ou moins à l’état de « clone d’un modèle prédéterminé »… Chronologie ce qui devait être un combat, mais a été englouti par la conformité de notre société.


evenawoman-

Durant les deux guerres mondiales du début du XXème siècle, les hommes étant partis dans les tranchées, au front ou étant retenus prisonniers dans des camps de concentration, les femmes ont dû travailler pour produire le matériel de guerre nécessaire au combat et subvenir aux besoins de leur famille : c’est ce que l’on a appelé l’effort de guerre collectif. Mais une fois les horreurs de la guerre terminées, les hommes qui en ont réchappé (au passage, hommage à eux et à ceux qui sont morts au combat…) ont voulu reprendre leur place et renvoyer les femmes aux fourneaux : sacrilège ! Nos grands-mères et arrières-grands-mères ont participé à l’effort de guerre, il est normal qu’elles participent à la reconstruction du modèle sociétal et républicain après le régime de Pétain. Le ton est donné : la démocratie nouvelle devra compter avec les femmes !

Dans le même temps, les femmes s’affirment face à une société dont les normes sont essentiellement déterminées par les hommes. On observe la démocratisation des « coupes à la garçonne », des pantalons féminins, le tout totalement assumé par ces dernières. Aussi, les femmes affirment leur volonté de travailler indépendamment de leur mari pour assurer un revenu supplémentaire à la famille (devenu nécessaire avec le développement de la société de consommation bien entendu) et revendiquent ainsi leur « semi-indépendance ».

Juridiquement parlant, l’ordonnance du 21 avril 1944 prise par le gouvernement provisoire du général de Gaulle à Alger affirme que « les femmes sont électrices et éligibles dans les mêmes conditions que les hommes ». En clair, le droit de vote et d’éligibilité au suffrage universel est accordé à toutes les femmes majeures, indépendamment de leur statut marital. Enfin, ultime consécration : le principe d’égalité des hommes et des femmes est posé dans la préambule de la Constitution de 1946 (soit de la IVème République).

Pour autant, la société continue à véhiculer des clichés misogynes (on a tous dans la tête ces affiches publicitaires pour des robots ménagers des années 60). Si les avancées dans les faits sont considérables, il reste encore un énorme travail à faire sur le fond…

Puis sont arrivées les années 70-80. Le disco, le rock, les tenues colorées et excentriques, un climat jovial et déjanté après les événements de mai 68. Les femmes profitent de cette « nouvelle ère » pour se décomplexer et s’affirmer dans la société, notamment en tant qu’objet de désir libre et assumé. Elles ne se dévoilent plus pour un homme mais pour « tous les hommes ». Michel Sardou chante que la femme des années 80 est « femme jusqu’au bout des seins ». De son côté, Daniel Balavoine parle des « petits lolos » des adolescentes qu’il croise tous les jours en passant devant un lycée à proximité de son domicile, habillées comme des lolitas. Tout cela se fait dans un esprit bon enfant et libertaire.

Du côté de la loi, l’avancée la plus notable est très certainement la loi Veil du 17 janvier 1975 qui dépénalise l’Interruption Volontaire de Grossesse en France… Aussi, les divorces se démocratisent de plus en plus. Les femmes n’ont plus peur d’être pointées du doigt comme des épouses indignes, car avant d’être des épouses, ce sont des femmes…

Mais voilà… le mouvement prend une toute autre ampleur à partir des années 90. Ce que j’appellerais un « phénomène d’auto-asservissement » de la femme… Je n’ai pas très envie de développer tout ce qui justifie ce phénomène historiquement car ce genre de comportement me révolte profondément, mais analysons un exemple tout bête : observez attentivement ce que sont devenus les clips musicaux de nos jours… Des êtres de chair à moitié (pour rester dans la modération…) dénudées, se frottant lubriquement contre des hommes eux-mêmes conformés à l’idée de la « virilité ». A mon sens de la « petite prostitution ». Et je n’ai pas l’impression de voir une femme libre lorsque j’observe ça, car si ces femmes semblent consentir à ce qu’elles font, elles œuvrent en réalité à la destruction de tout ce que leurs consœurs ont accompli avant elles…

Le phénomène d’auto-asservissement de la femme qui se développe actuellement : les femmes deviennent esclaves des propres barrières qu’elles s’imposent !

Un tel discours semble étrange mais je ne suis pas la seule à penser de la sorte.

Bien sûr, de grosses inégalités, notamment salariales, en défaveur des femmes subsistent. La misogynie est toujours de mise chez certains « primates » qu’on ose appeler des hommes.

Bien sûr, il arrive encore aux femmes de se faire lourdement siffler ou même peloter (si si, je parle par expérience, je vous assure que les hommes qui viennent vous toucher les seins ou les fesses comme s’il y avait marqué « Try me ! » sur notre front, ce n’est pas si rare que ça…) dans la rue… Récemment, Sophie de Menthon, ancienne candidate à la présidence du Medef, a affirmé qu’il était « plutôt sympa » de se faire peloter dans la rue. Ses propos ont provoqué un tollé dans les médias, et pour cause : Non, madame de Menthon, ce n’est pas « sympa » de servir de balle anti-stress en libre-service. C’est dégradant et terriblement irrespectueux de la part de ces hommes qui prennent nos seins et nos fesses pour de la pâte à modeler. Vous n’avez pas dû souvent faire face à ce genre de situation pour penser de la sorte…

Bien sûr, nous souffrons encore de nombreux clichés scandaleux tels que « les femmes sont des chochottes », « les femmes aux fourneaux et les hommes au boulot » ou encore le bien connu des jeunes « Un mec qui couche, c’est un beau gosse ; une femme qui couche, c’est une sal*pe. »

Et oui, il y a encore de nombreux progrès à faire de la part de ces chers êtres de testostérone… mais commençons déjà par nous respecter nous-mêmes.

//!\\ Ce qui va maintenant être développé dans cet article n’a rien à voir avec des idées idiotes à l’instar de « Si une femme se fait violer et qu’elle était habillée comme une traînée, c’est bien fait pour elle ! « . //!\\

Pour être féminine, une femme se doit d’être toujours impeccable, toujours bien habillée, maquillée, se tenir bien droite, être élégante, gracieuse, légère… une seconde, qui a déterminé ces critères ? Ce ne sont pas les hommes qui nous demandent au quotidien d’être toujours tirée à quatre épingles et de correspondre aux normes de la féminité. Et d’ailleurs, qui nous le demande si ce n’est autre que nous-mêmes ? Et à qui la faute ? Certainement à la société, et pas directement aux hommes comme on pourrait le croire. Dans ce cas, les ferventes défenseures de la femme féminine rétorqueront : « Mais comment attirer le regard des hommes au milieu d’autres femmes qui se perfectionnent ? » … Argument qui provoque l’effondrement de la théorie selon laquelle les hommes nous conforment. Il faut être réaliste, ce sont d’abord nous qui nous conformons nous-mêmes… Qui nous forçons à correspondre à des clichés véhiculés par les magazines et les films pornographiques… Il est clair que ces femmes sont très très bien « foutues ». Comment ne pas complexer en les regardant ? Mais nous ne leur ressembleront jamais… et pire encore, elles ne ressembleront jamais à ce qu’elles sont une fois photoshopées. Car elles ont, tout comme nous, de la cellulite, des vergetures, des tâches sur la peau et elles sont décoiffées et ont mauvaise haleine le matin. Un mythe qui s’effondre ? Non, car nous en avons toutes conscience au fond…

Je crois en fait que la problématique du féminisme cache en réalité un problème beaucoup plus grave qu’est celui du conformisme, et que les femmes en sont beaucoup plus victimes que les hommes… Il n’appartient pourtant qu’à nous de nous en « libérer ». Car c’est un véritable problème dans notre société, qui s’étend de plus en plus. Cela me choque toujours beaucoup de voir à quel point les jeunes filles deviennent des femmes de plus en plus jeunes… A la sortie des collèges, j’aperçois fréquemment des filles beaucoup plus féminines et maquillées que moi alors qu’elles sont en 6ème et que je suis à la fac… Il s’agit là d’une véritable dérive et d’un réel problème : les jeunes filles passent directement de l’enfance à l’âge adulte physiquement tout en restant adolescentes dans leur tête. Il y a un décalage entre ce qu’elles sont et ce qu’elles paraissent être. Comment rester équilibrée psychologiquement ainsi, qui plus est à une période déjà marquée par une perte de repères ? …

Prenons maintenant le problème dans l’autre sens. Peut-on pour autant qualifier toutes les femmes « féminines » de suiveuses, de « prisonnières » des normes ? Non, je ne pense pas. Car ce qui compte n’est pas ce que nous faisons mais ce pourquoi nous le faisons. A toutes les femmes, en particulier les plus jeunes, qui lisez ceci : demandez-vous pourquoi vous faites ce que vous faites ? Pourquoi vous maquillez-vous le matin ? Pourquoi vous coiffez-vous de telle manière ? Pourquoi vous comportez vous ainsi en public ? Si la réponse est « pour moi, parce que j’aime ça et que j’ai le sentiment de m’accomplir dans ce que je suis », alors ne changez rien… Une femme peut se vêtir à la mode actuelle tout simplement parce qu’il se trouve qu’elle aime la mode actuelle. Une femme peut être provocante sans chercher à séduire, tout simplement parce qu’elle aime cela. Une amie proche (Mon cher Dieu, si tu passes par là…) s’habille et se maquille de manière très chic et accorde énormément d’importance à son apparence, mais aussi à celle des autres. Comme je ne partage pas toujours son avis, nous nous « taquinons » beaucoup à ce sujet, et j’aime toujours les réponses spontanées qu’elle me donne. Parce qu’il est évident qu’elle le fait avant tout pour elle et car elle aime cela. Car elle « est » ce qu’elle « parait être », belle, entière et pleinement assumée en tant que femme, et c’est à mon sens ce qui la différencie d’une femme « conformée » aux moeurs de la société qui aurait répondu à la précédente question rhétorique : « Pour les autres ». Ou en tout cas qui en aurait pris conscience spontanément. C’est à ce moment-là que l’on peut dire que l’on vit « prisonnière » de soi-même et des normes sociétales… Difficile d’y remédier me direz-vous ? Effectivement, mais cela ne se fait pas du jour au lendemain. La prise de conscience est certes progressive, mais il faut d’ores et déjà se mettre dans cet état d’esprit au préalable…

Quoi qu’il en soit, mesdames, si vous n’avez plus envie de vous maquiller, ne vous maquillez plus. Si vous avez envie de sortir le matin les cheveux complètement ébouriffés ou tout simplement lâchés car vous ne supportez plus ce chignon si strict, faites-le. Et surtout, arrêtez de traquer la moindre mèche rebelle, la moindre imperfection sur votre visage. Vous n’êtes pas un de ces modèles photoshopés, vous avez vos qualités et vos défauts. Et vos hommes vous aiment pour ça d’ailleurs. Si vous avez envie de faire des « trucs de mecs », faites-les, quitte à entretenir une certaine androgynie. Personne n’a le droit de vous juger par rapport à ça. De même, prenez conscience que vous accomplissez certaines choses par rapport aux autres et notamment par rapport au regard du sexe opposé sur vous. Par exemple, l’épilation. Demandez-vous très sérieusement pourquoi vous vous épilez ? Une très grande partie d’entre nous, dont je fais partie (eh oui, je critique, mais je ne vaux pas mieux de ce côté-là…), le fait systématiquement car ce n’est pas toujours très élégant ces poils partout, il faut bien l’avouer… Mais depuis quelques années, il y a une mode assez répandue qui consiste à prôner l’épilation intégrale, notamment aux parties génitales. On peut aimer ou ne pas aimer, ce n’est pas la question et chacun(e) a le droit d’approuver ou de désapprouver l’intégrale, la question est « Pour qui est-ce que je m’épile ainsi ? » Encore une fois, si la réponse est « Parce que j’aime retrouver ma sexualité « enfantine » et cette sensation de douceur », eh bien aucun problème, l’essentiel est que nous nous retrouvions dans notre corps, c’est même une bonne chose. Si vous vous convainquez que c’est une bonne chose pour correspondre aux standards de la pornographie où les femmes y sont toujours toutes lisses, alors il y a un problème. Pire encore, si vous ne le faites seulement parce que votre partenaire vous y oblige par du chantage affectif… Dans ce cas, si vous n’en avez pas du tout du tout envie mais que votre partenaire insiste, s’il s’agit d’un homme, exigez de lui qu’il fasse la même chose de son côté. En général, il parait que ça les vaccine plutôt vite et bien… Que cela concerne l’épilation ou un tout autre problème, ne faites jamais quelque chose uniquement pour un homme alors que cela vous déplaît. Jamais. De même, n’obligez jamais un homme à faire quelque chose pour vous.

Cela me permet de conclure un tout autre phénomène plus minoritaire mais que l’on peut néanmoins relever et que je trouve tout aussi inquiétant : une volonté de « renverser » la tendance qui conduirait à la domination des hommes de la part des femmes… Il est urgent de comprendre qu’il faut également stopper cela. Les hommes ne sont pas nos objets non plus ! Du moment qu’ils nous respectent, ils méritent notre respect et cela va dans les deux sens. Prôner l’égalité homme-femme, ce n’est pas vouloir renverser le protocole par esprit de vengeance. Cela reviendrait à retomber au niveau de ceux dont nous avons longtemps critiqué les moeurs. L’histoire nous aura assez prouvé que l’on ne peut remplacer un extrême par un autre lorsque l’on veut vivre en harmonie avec soi-même et avec les autres…

Voilà… c’était le point de vue d’une personne qui ne supporte plus d’entendre les femmes clamer leur absence de liberté tout en sachant qu’elles s’enferment dans une cage seules. Pour clôturer cet article, voici une vidéo de la chanteuse franco-hongroise Boogie qui dénonce à merveille ce que la société veut faire des femmes et à quel point ces femmes que nous voyons dans les magazines et auxquelles nous aimerions tant ressembler ne sont que de vulgaires chimères…

Lana.

Enquête sur l’asexualité : anomalie biologique ou réelle orientation sexuelle ?

Source de l’image : http://idata.over-blog.com/0/25/97/94/Soci-t-/Intimite/revolution-asexuelle-marche-.jpeg

//!\\ Avant toute chose, je tiens à préciser que je NE suis PAS asexuelle. Donc non, ceci n’est pas un manifeste pour la tolérance envers ce que je désignerais comme ma communauté. Ceci est simplement un article visant à expliquer ce qu’est l’asexualité, et surtout, que ce n’est pas une maladie, comme on peut parfois l’entendre si stupidement //!\\

Noir, gris, violet et blanc. Ce sont les couleurs qui composent le drapeau de la communauté asexuelle que vous pouvez apercevoir ci-dessus.

 » – Un café s’il vous plait. […] Gné ? Tu disais, communauté quoi ?

– Asexuelle.

– A… quoi ! ?

– Asexuelle. La communauté des asexuels en fait !

– Tu peux parler en français, s’il te plait ?

– Ah d’accord ! Tu ne sais pas ce qu’est l’asexualité, c’est ça ?

– Tu me prends pour une truffe ? Bien sûr que je sais ce qu’est la sexualité, comme tout le monde, j’ai appris ça en détail en quatrième !

– Non, mais pas la sexualité, l’Asexualité. En un seul mot. Ca désigne les personnes qui n’aiment pas le sexe et ne le pratiquent pas, pour faire simple.

– Ca existe ça ? Sérieusement ? ! Des gens qui n’aiment pas b*iser ?

– Faire l’amour s’il te plait, je préfère… Et je ne vois pas le problème ! Chacun fait bien ce qu’il veut de son corps et de sa vie.

– Oui, mais là… Enfin, je veux dire, on a été programmé pour aimer ça. Programmés pour se reproduire. Tu t’imagines passer une vie à t’abstenir ?

– Moi non, mais je ne suis pas une asexuelle. Et il y a de multiples formes à l’asexualité, beaucoup de nuances. C’est plus compliqué que ça.

– Compliqué, tu parles… Ces gens-là ont un problème. Ils sont malades…

– … Mais dis-moi ma Cocotte, qui était la première à descendre dans la rue pendant les débats sur le mariage pour tous pour appeler à la tolérance concernant l’homosexualité et la bisexualité ? …

– Euh… ouais… nan mais là c’est pas pareil !

– Ah, tu trouves ? Pourtant, c’est exactement la même chose. Tu juges l’asexualité parce qu’ils sont différents, au même titre que les homo et les bi. Et différents sur quels critères d’abord ? Et si c’étaient nous qui étions différentes ? Toi aussi tu devrais avoir honte…

– […] bon, sinon, elle arrive cette commande ?

Conversation lambda entre une amie et moi lorsque j’essaie de débattre sur l’asexualité, ce phénomène encore très tabou dans notre société. Trop tabou dans une société de plus en plus conformée à une consommation frénétique du sexe. Les hommes et les femmes, pour peu qu’ils soient désignés comme « attirants » par les codes sociétaux en vigueur, sont devenus de vulgaires produits de consommation sexuelle… Bien que je le déplore en ce qui me concerne, je ne juge pas les personnes qui y consentent. Nous sommes dans une société démocratique et chacun a le droit de faire ce qu’il veut tant que cela n’atteint pas à l’intégrité d’autrui et à l’ordre public…

Mais alors, dans le même ordre d’idées, ne devrions-nous pas aussi tolérer l’inverse, c’est-à-dire l’absence d’intérêt pour le sexe, voire même pour l’amour ? D’ailleurs, bien qu’il soit méconnu par 3/4 de la population (eh oui…), ce phénomène porte un nom : l’asexualité. Explications…

L’asexualité désigne très largement le fait, pour une personne, de ne pas ressentir d’attirance sexuelle. Cette définition est toutefois très restrictive car l’asexualité prend de multiples formes. Certaines personnes sont asexuelles de manière temporaire, le temps d’explorer et de questionner leur propre sexualité, alors que d’autres n’ont jamais exploré d’autres orientations sexuelles. De même, parmi les asexuels, certains ont des rapports sexuels par curiosité ou par nécessité de combler un besoin physiologique (pour cela, certains asexuels ont alors recours à la masturbation de manière plus ou moins fréquente ou à un partenaire malgré leur orientation sexuelle). De fait, ils peuvent en retirer du plaisir… ou non. Certains asexuels ont des fantasmes ; d’autres non. Il existe encore une multitude d’autres nuances. Il s’agit d’une approche éminemment différente de la sexualité telle que nous pouvons l’avoir en tant qu’hétéro, ou homo, ou bi.

Il est également important de souligner que l’asexualité des asexuels ne les empêche pas d’avoir des relations amoureuses. Si certains ont des relations de « commodité » avec leur partenaire (soit pour combler leurs besoins physiologiques, soit parce l’autre partenaire n’est pas asexuel et que chacun doit faire des concessions pour la bonne santé du couple, soit parfois seulement pour procréer), d’autres entretiennent des relations platoniques. Cela peut faire rire comme ça, puisque ça rappelle l’amour des cours de récré, dénués de toute attirance sexuelle que l’on développe normalement à la puberté… mais ça existe. On parle alors de personnes hétéroromantiques, homoromantiques ou biromantiques. A l’inverse, une personne qui rejette la sexualité ET l’idée d’une relation amoureuse platonique est un aromantique…

Certains scientifiques ont tenté d’établir une « échelle » d’asexualité ou ont même voulu faire des expériences chez les asexuels pour « trouver ce qui clochait »… Je proposerais bien une graduation d’échelle pour établir le niveau de leur connerie d’ailleurs, pas vous ? …

Quoi qu’il en soit, ce phénomène fut longtemps passé sous silence. Il faut dire qu’il est très difficile pour un asexuel d’en parler à quelqu’un, et même de s’identifier en tant que tel. On nous apprend dès l’enfance que nous sommes faits pour nous reproduire et que faire l’amour est un besoin vital, au même titre que manger, boire ou dormir. Alors lorsqu’on l’est, je suppose qu’il y a un tout un chemin, de la prise de conscience d’une « déviance sociétale » à l’identification d’une orientation sexuelle différente.

Depuis le début de l’article, je parle de l’asexualité comme d’une orientation asexuelle. Pourtant, cette appellation est très discutée. Certains lui préfèrent celle d’ « anomalie génétique » ou même de « maladie ». Dans l’essor de l’hypersexualité dans la société, beaucoup ont du mal à comprendre ce désintérêt pour le sexe. Alors on chercherait à identifier les causes, à dialoguer, pour « soigner » les asexuels…

Mais attendez… Ca ne vous rappelle pas quelque chose ? Moi si, et je pense que vous aussi, implicitement… Les préjugés sur l’homosexualité. Des préjugés et des jugements stupides qui se reportent sur une sexualité opposée, car même si l’asexualité ne se voit pas, l’avouer à ses proches ou ses amis peut s’avérer être un véritable calvaire pour les principaux concernés. C’est AUSSI faire son « coming-out ». Car il ne faut pas se leurrer, l’asexualité est beaucoup plus tabou que l’homosexualité de nos jours… Nous sommes dans une société hypersexualisée dans laquelle les jeunes découvrent leur sexualité de plus en plus tôt. L’industrie du film porno se porte à merveille et les comportements injurieux envers les femmes dans la rue sont plus que jamais en vogue. Alors se retrouver dans l’autre extrême… Ca fait peur. On se sent différent. On se sent anormal. On se sent rejeté et mal intégré. Très paradoxalement, on peut même se sentir « sale »… STOP !

Non, l’asexualité n’est pas une maladie.

Non, l’asexualité n’est pas une déviance en elle-même mais une déviance sociétale… dans une société stupide.

Oui, la différence devrait être une fierté, et l’asexualité est une différence.

Oui, l’asexualité est une orientation sexuelle au même titre que l’hétérosexualité, l’homosexualité ou la bisexualité.

Certes, cela peut nous échapper en tant que personne « sexualisée ». Mais nous avons tous nos propres approches de la vie, nos propres sentiments et nos propres sensations. Un hétéro, un homo ou un bi qui rejetterait l’asexualité devrait bien se dire que les asexuels pourraient également être dégoûtés de leur besoin de sexe et de leurs pratiques. Je suis d’ailleurs persuadée qu’il y a autant d’asexuels, proportionnellement à la démographie de leur communauté, qui pensent des hétéros, homos et bis qu’ils sont des débauchés et des pervers que de « sexualisés » qui pensent des asexuels qu’ils sont coincés et qu’ils ont été « mal-baisés » pour penser ça.

D’ailleurs, il est bon de savoir que l’on recense en moyenne 1% de la population mondiale comme asexuelle. Oui, 1% ! Théoriquement, une personne sur cent que vous croisez dans la rue est asexuelle. Impossible dites vous ? Eh si… Seulement, c’est une différence qui ne se lit pas sur le visage et l’absence de sexualité dans une société hypersexualisée reste encore un tabou. Tout comme l’homosexualité il y a encore dix ans…

Dans un tel contexte d’incompréhension, les asexuels ont réalisé, avec l’avènement d’internet, qu’ils n’étaient pas seuls. Ils se sont alors rassemblés et s’est érigée une communauté asexuelle qui s’est petit-à-petit développée dans le but de faire connaître l’asexualité qui est encore une orientation sexuelle méconnue du grand public. La communauté AVEN (Asexual Visibility and Education Network), créee en 2001 (une antenne locale française est née en 2007), a pour objectif d’encourager les discussions autour de l’asexualité, entre asexuels mais aussi avec les autres orientés sexuellement. Elle recherche également la reconnaissance publique de cette orientation et sa “popularisation” dans les médias de masse (télé, radio, presse écrite, internet, etc.). En parallèle, des sites de rencontre pour asexuels recherchant des relations platoniques ont vu le jour.

Je pense que c’est une très bonne chose que les asexuels puissent s’identifier à une communauté, car cela les encourage à mieux vivre leur différence et à combattre ensemble pour la reconnaissance de ce qu’ils sont. J’ai pour ma part appris l’existence de la communauté asexuelle dans un documentaire à la télévision il y a environ un an et je voulais en parler car leur combat m’avait beaucoup touchée.

Pour autant, je rêve du jour où hétéros, homos, bis et asexuels pourront se réunir autour d’une table et affirmer ouvertement leur sexualité sans que personne ne se regarde de travers, et surtout, que chacun s’intéresse à la différence de l’autre. Que chacun puisse se demander “Pourquoi ?”, “Comment ?” , “Je ne comprends pas, explique-moi” sans être taxé d’intolérant. Seulement que chacun cherche à comprendre une différence qu’il lui est impossible de saisir car il n’est pas comme ça sans qu’aucun jugement ne vienne s’immiscer dans la conversation.

I have a dream, today… mais je pense que ce n’est, malheureusement, pas encore pour aujourd’hui…

Lana.

Analyse de la polémique autour de la chanson des Enfoirés : de quel côté se loge vraiment la bêtise ?

Source de l’image : http://referentiel.nouvelobs.com/wsfile/8461424799006.jpg

A l’occasion du concert annuel des Enfoirés, le collectif de célébrités œuvrant pour les Restos du Cœur a récemment dévoilé le clip de son dernier titre phare : « Toute la vie ». Ce devait être comme tous les ans : le titre diffusé en boucle à la radio, fredonné sur toutes les lèvres à force de matraquage médiatique et discuté dans les cafés et les bistrots lorsque les hauts-parleurs passent le morceau entre les pro et les anti-Enfoirés. La routine annuelle en fait…

Au lieu de ça, au même moment où le SUSPENSE planait autour de la couleur d’une stupide robe (il est certain que déterminer la couleur de cette robe que même Cristina Cordula a conspué est une activité plus divertissante que songer aux problèmes de la misère dans le monde et du chômage en France), les français se sont insurgés contre le titre jugé indigne des Enfoirés, et bien plus grave encore, insultant envers les jeunes. En effet, dans cette chanson, Jean-Jacques Goldman imagine une situation dans laquelle les jeunes se retrouveraient face à leurs aînés. Les « d’jeuns » reprocheraient aux « ieuvs » d’avoir fait de la France ce qu’elle est aujourd’hui tandis que ces derniers les inciteraient à se « bouger » pour rectifier les erreurs qu’eux ont jadis faites. Très vite, la polémique s’est emparée des réseaux sociaux, notamment sur Twitter. Goldman et le collectif des Enfoirés ont été immédiatement taxés de porteurs d’un message de haine et de reproche contre la jeunesse par une partie des 15-25 ans. Certains « grands intellectuels » en ont profité pour attaquer les Enfoirés sur d’autres griefs qui n’avaient rien à voir avec ce débat, mais passons sur ce sujet…

Mais pensez-vous réellement qu’une telle polémique était justifiée ?

Certes, le niveau des paroles de la chanson est lucidement en dessous de ce qu’a l’habitude de produire le grand Jean-Jacques Goldman.

Certes, les paroles sont terriblement réductrices et bourrées de stéréotypes.

Certes, on peut se sentir offensé par certains passages tels que « Tout ce qu’on a, il a fallu le gagner/À vous de jouer, mais faudrait vous bouger » (=> sous-entendu : nous les jeunes, nous sommes des loosers. Tous des grosses loques qui méprisent leurs professeurs, ne vivent que pour le petit confort de leur smartphone et leur ordinateur et sont affalés à longueur de journée devant les Anges de la Télé-réalité)…

Mais franchement, à y regarder de plus près, ce morceau est une énième chanson engagée. Ce n’est pas la première fois qu’un auteur comme Goldman écrit des choses relativement crues. Il s’agit là de faire réagir les auditeurs et le public visé, c’est-à-dire les jeunes. L’avenir repose entre NOS mains. Et si les parents nous poussent à agir, c’est parce qu’eux n’en ont plus l’énergie et qu’ils souhaitent un avenir prospère et heureux à leurs enfants. Cela ne sonne en aucun cas comme un reproche mais comme une tentative de nous faire prendre conscience du pouvoir de faire changer les choses que nous avons et un encouragement à nous dresser contre les bêtises qu’eux reconnaissent avoir faites. On pourrait presque le prendre comme une déclaration d’amour… et un acte de confiance. Une manière de nous dire : « Vous voyez, on vous fait confiance. Vous n’êtes plus des enfants. Vous êtes la relève ».

En revanche, là où j’ai « tiqué » au moment du visionnage du clip, c’est au niveau de la mise en scène. Je ne suis absolument pas d’accord avec le parti pris du réalisateur qu’est celui de diviser les jeunes et les « vieux » (je n’aime pas cette expression caricaturale mais…), de les mettre face à face et de les faire se renvoyer la balle en se pointant du doigt comme des enfants de quatre ans. Cette mise en scène ne sert absolument pas la cause. De manière imagée, pointer du doigt, c’est stigmatiser. C’est agresser. C’est reprocher. Le texte n’est pas du tout écrit dans cet esprit là. Message d’espoir se confond avec un visuel plutôt violent et caricatural. C’est à mon sens le seul véritable problème de cette chanson, qui en fait un titre peu représentatif de l’organisation des Restos…

Lana.

J’étais Charlie, le temps d’une marche citoyenne…

Source de l’image : http://img.clubic.com/07844089-photo-je-suis-charlie.jpg

J’ai conscience que les lignes qui vont suivre portent sur un événement qui s’est déroulé il y a maintenant presque trois mois, mais je tenais vraiment à ce que mon premier article ici – un peu long pour le coup, les autres seront beaucoup plus courts – traite de cela…

Mercredi 7 janvier 2015, 11h30. Comme toutes les semaines à la même heure, la conférence de rédaction a lieu dans les locaux du journal satirique Charlie Hebdo. Comme on peut l’imaginer, chacun plaisante autour de la table tout en faisant preuve d’un minimum de professionnalisme afin de déterminer les orientations du prochain numéro. Du côté du reste du monde, chaque français travaille, fait son jogging, arrose les plantes, s’occupe des enfants, étudie, ou pour les plus chanceux, dort encore. Personne ne se doute encore du drame qui s’apprête à se dérouler… Alors que la conférence se déroule normalement, Saïd et Chérif Kouachi, deux frères islamistes radicaux, pénètrent dans les locaux armés de kalachnikovs et abattent froidement onze personnes présentes sur les lieux dont huit membres de la rédaction parmi lesquels cinq dessinateurs phares de l’hebdomadaire. Au cours de la fuite, ils descendent un gardien de la paix… La nouvelle se propage rapidement dans les médias. C’est la stupeur, le choc, l’abomination, la colère et la tristesse. Et comme un malheur n’arrive jamais seul, le complice des deux hommes, Amedi Coulibaly, assassine une policière à Montrouge avant de prendre en otage les clients et les employés d’une supérette casher porte de Vincennes. Bilan : quatre morts supplémentaires, qui viennent déjà s’ajouter la trop longue liste des victimes… Les trois extrémistes seront finalement descendus par le GIGN. Mais il est trop tard. Des hommes et des femmes ont perdu la vie au nom de la violence et de la connerie humaine et personne ne pourra les ramener à la vie ni effacer le traumatisme… La France a été attaquée dans ce qu’elle a de plus cher : ses valeurs de liberté et de fraternité.

Inutile de vous rappeler que le retentissement de l’affaire est énorme, en France comme à l’étranger (il faut vraiment vivre dans une grotte pour ne pas le savoir). Chacun vit dans la peur et la stupeur. La terreur se mêle à l’indignation. Treize ans et demi après l’effondrement des tours jumelles du World Trade Center et l’attaque du Pentagone aux Etats-Unis, nous vivons notre attentat. « Moindre en comparaison » diront certains, mais c’est bien suffisant à notre échelle…

Tout le monde ou presque se souvient de ce qu’il faisait au moment où il a appris les attentats du 11 septembre, sauf les plus jeunes, dont je faisais partie à l’époque. Cependant, je me souviendrai toujours dans quelles circonstances j’ai appris les attentats de Charlie. De ce moment où, aux alentours de 16h30, attendant une amie qui se faisait désirer, je me suis connectée sur l’application Facebook de mon smartphone et où j’ai vu ces articles scandant « attentats dans les locaux de Charlie Hebdo » inonder mon fil d’actualité. Aucun quotidien ne dérogeait à la règle. J’ai seulement pris conscience du phénomène en levant les yeux vers le panneau d’affichage électronique des événements de ma ville et en lisant : « Rassemblement en hommage aux victimes de Charlie Hebdo à 18h00 place … ». D’un seul coup, je suis comme dans l’incapacité de réagir. Et je ne veux pas y croire. Sans même avoir lu les détails de l’affaire, je pense immédiatement à un attentat terroriste perpétré par des radicaux religieux. J’aurais tellement aimé me tromper… Rapidement, je me rends compte que tout le monde ne parle que de ça. Je prends connaissance de l’affaire avec torpeur. Je faisais partie de ceux qui avaient déjà lu Charlie Hebdo et approuvaient leur démarche… Des amis commencent à m’appeler. Comment est-ce que j’ai pu passer à côté de ça depuis midi ? Beaucoup d’incompréhension et une horrible sensation d’impuissance. Je me sens soudainement toute petite au milieu de cette minuscule place qui me parait être dix fois plus grande et plus vide qu’à l’accoutumée… Place que je reviendrai investir trois jours plus tard lors de la Marche Citoyenne organisée au même endroit à l’échelle de ma région au même titre que plus de 25000 autres personnes.

La France organise des marches nationales le dimanche 11 janvier afin de rendre hommage aux victimes. Dans la ville où je vis, on ne fait jamais rien comme tout le monde et cela se confirme encore une fois puisque la marche citoyenne est organisée le samedi, au cœur du centre-ville historique. Très touchée par la mobilisation ambiante, je décide de m’y rendre avec une amie. C’était la toute première fois que je me rendais à un rassemblement de telle ampleur. A la base, sachant que la ville concernée comprend environ 130 000 habitants, on estimait à 10000 le nombre de participants. Trente minutes après la mise en route de la marche, les haut-parleurs débauchés pour l’occasion crachotaient le nombre de 25000, et quinze minutes plus tard, celui de 30000…

Le point de rendez-vous fixé à 14h se situait sur l’une des places les plus mythiques de la ville. J’étais avec une amie, nous sommes arrivées relativement tôt et il n’y avait que peu de monde. Puis rapidement, l’endroit a commencé à se remplir jusqu’à ce que l’on ne puisse plus voir à cinq centimètres devant soi. Il est devenu difficile de se déplacer et nous avons pu attraper in extremis des affichages et des badges distribués par la municipalité. Malgré la « compression humaine », nous pouvons distinguer la diversité des personnes présentes. Tous sont d’âge, d’origine, de sexe, d’orientation sexuelle, d’origine sociale et même de religion hétéroclites. Chacun y est à peu près représenté. En parallèle, nous retrouvons parfois des personnes que nous n’avions pas revues depuis plusieurs années et apprenons ce qu’elles deviennent. La vie continue et nous sommes ici pour honorer la mémoire de ceux pour qui elle s’est brutalement arrêtée… étrange paradoxe. Avec une ancienne prof croisée en route, nous refaisons le monde et déplorons de tels actes en attendant que la marche se mette en route, ce qu’elle fera finalement après une heure et quinze minutes de retard. Dans la foule, nous sommes émus par ce soulèvement collectif contre la violence et la barbarie. De ce que j’ai vu, il n’y a pas eu un seul débordement à déplorer. Aucune parole réac scandée à tue-tête et aucun slogan islamophobe. Même dans les panneaux brandis au dessus de nos têtes, les messages étaient tournés vers l’espoir, souvent magnifiques et sincères… Tous semblaient touchés par ce qu’il s’était passé. Il y avait une certaine pudeur, très touchante, chez chacun d’entre nous. Nous savions tous ce pourquoi nous étions là. Plus rien d’autre ne comptait.

Mais voilà… la vie n’est pas un monde de Bisounours et le blanc et le noir n’existent pas : il n’y a que des nuances de gris. Certaines choses m’ont beaucoup choquée lors de cette marche et m’ont laissé un petit arrière-goût amer. A commencer par l’inconscience de certaines personnes, qui ont emmené leurs chiens et leurs très très jeunes enfants (parfois moins d’un an) au milieu d’une foule abondante, bruyante… et un minimum solennelle. Un tel rassemblement était aussi là en quelque sorte pour faire un « pied de nez » à la connerie et agir de cette manière était légèrement contradictoire, même si je sais bien qu’il ne faut pas tout mélanger… Aussi, lorsque la marche a commencé, certaines personnes se bousculaient les unes les autres et faisaient preuve d’une grande impolitesse… tout en appelant au respect des valeurs de la devise de la France. Or, dans cette dernière, « liberté » et « égalité » sont également accompagnés de « fraternité », et j’ajouterais que tout cela induit le respect. Manifester pour une chose tout en la brisant dans un sens n’est moralement pas acceptable. Toutefois, je pense qu’il est vraiment idiot de tomber dans le travers de dire « Je ne suis pas Charlie = je ne suis pas un mouton » et « les gens sont venus en tant qu’hypocrites et repartiront à leurs occupations mercantiles ensuite ». Toutes les personnes qui étaient présentes l’étaient parce qu’elles étaient touchées par les événements et de bonne volonté. Nous n’avions aucun mérite et ne pouvions tirer aucune satisfaction personnelle de notre geste, nous étions simplement là en tant qu’êtres humains pourvus d’humanité. Et rien d’autre…

Quoi qu’il en soit, cette marche citoyenne reste une marche pour la liberté et la paix entre les races, et rien ni personne ne pourra le lui retirer. Dans une société dont on dit souvent qu’elle est trop individualiste, la mobilisation entre le 7 et le 11 janvier rappelle aux sceptiques que ce n’est pas toujours le cas. En tant que citoyens, nous nous devons d’être touchés par ces actes barbares et cette mobilisation. Car au-delà de toutes les considérations politiques et sociologiques qui flottaient autour des événements de janvier 2015, nous n’étions plus jeune ou vieux, riche ou pauvre, ouvrier ou technocrate, musulman ou juif, chrétien ou athée, bête ou intelligent, pessimiste ou optimiste : nous étions Charlie. Voilà le véritable sens de cette expression et c’est peut-être la chose la plus importante à retenir de tout cela…

A Frédéric Boisseau, Franck Brinsolaro, Jean Cabut, Elsa Cayat, Stéphane Charbonnier, Philippe Honoré, Bernard Maris, Ahmed Merabet, Mustapha Ourrad, Michel Renaud, Bernard Verlhac, Georges Wolinski, Clarissa Jean-Philippe, Hoav Hattab, Yohan Cohen, François-Michel Saada et Philippe Braham, les dix-sept victimes des attentats de la première dizaine de janvier. Parmi eux, des chrétiens, des musulmans, des juifs et des athées. Leur religion n’a fait aucune différence à leur sort : tous sont morts dans d’affreuses circonstances. Combattons pour la tolérance et la liberté d’expression et contre les extrémistes religieux et les stéréotypes. C’est sûrement la plus belle, voire la seule, manière de leur rendre hommage, pour que leur disparition n’ait au moins pas servi à rien…

photo-celine-mazeauSource de l’image : Le site internet de l’Est Républicain.

Lana.

Petites enquêtes, expériences et chroniques d'une étudiante en littérature étrangère, ex-étudiante en droit, qui ne prétend avoir ni le talent ni les compétences d'une journaliste ; juste énormément de curiosité et un minimum d'esprit critique… Keep calm and enjoy freedom of expression ! ♥

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